Septembre 1993

AU PAYS DU ZORRO​​

 

"Routa intransitable" nous indique un panneau au croisement de la route N°40 et San Antonio de Los Cobres. Mais pour nous, c'est l'unique voie d'accès pour pénétrer dans la vallée Calchaquie. La vue s'étend sur un large altiplano dominé par les cordillères dont les sommets affleurent les 6 000 mètres. Nous franchissons un col à 4 895 m sous des bourrasques de vent et découvrons le névado Acay qui surplombe de ses 5 950 m la vallée fermée de Calchaquie. En descente, nous comprenons pourquoi la "40" reste fermée onze mois sur douze dans cette région. Caillasse, sable, éboulis, plaques de glace encombrent le chemin taillé à flanc de paroi. Parfois la moitié de la piste a disparu dans le torrent. Quelques kilomètres plus loin, c'est tout un tronçon d'une centaine de mètres qui manque. Il nous faut traverser le rio à de nombreuses reprises avant de retrouver la terre ferme. La vallée s'élargit. Sur les flancs des montagnes rougeâtres et stratifiées apparaissent des cactus candélabres et autres arbustes épineux. A l'approche des oasis comme La Poma, Cachi et Molinos, les cultures prennent vie grâce au torrent. Avant Cafayate, nous traversons une série de quebradas dominées par des massifs découpés et sculptés en forme de lamelles et de flèches par les intempéries. Dans la quebrada de Cafayate, autres formes et autres paysages, nous apprécions les décors de western. Là aussi, l'érosion a fait son oeuvre. Des falaises rouges nous dévoilent ici ou là des châteaux, des draperies, des ventanas (sorte de fenêtres dans la roche), un amphithéâtre etc...

Il y a près de deux cent millions d'années, vivaient des labérintodontes, des térapsidos, des dicinodontes ou autres dinosaures dans les régions de Talampaya et Ichigualasto. Ils disparurent suite à un cataclysme qui transforma ces lieux en désert. Aujourd'hui, des fouilles ont mis à jour des fossiles de plantes, d'arbres et autres animaux pré-historiques. Les rares mais très fortes pluies et surtout le vent violent façonnent les roches friables où l'imagination débordante humaine y trouve soit un cochon, une tête de chien avec une casquette, un père Noël, un ascenseur, un condor, une cathédrale gothique, un champignon, et, pourquoi pas votre belle mère!!! Quelques années avant notre passage, la lampe d'Aladin s'est éteinte, le perroquet envolé et qui sait, demain, le sous marin coulera et les mocassins auront remplacé les bottes!!!Au coeur de ces étendues désertiques vivent des guanacos (famille du lama), des lièvres, des lapins, des pumas, des perroquets, des condors et autres oiseaux, mais aussi et surtout le rusé "zorro" gris ou colorado. Le renard de ces bois épineux n'attend pas qu'un condor lui lâche un queso (fromage) argentin qui n'a certainement pas la saveur du fromage français!!! cocorico!!Si l'on ne peut pas parler de dégustation pour la cuisine locale, en revanche nos papilles gustatives apprennent à reconnaître les différents crus de par leur cuisse, leur bouquet, leur corps ou leur robe. Hip, hip,hip.... les vignobles oasiens de Cafayate, la Rioya, San Juan et Mendoza nous surprennent.Aprés cet intermède cyclo-gastronomico-oenologique, nous franchissons à nouveau la cordillère en direction du Chili. Si nous sommes entrés en Argentine par une piste à faible trafic, en revanche, le tronçon Mendoza-Santiago voit passer au moins quatre cent camions par jour et deux vélos "carga pesada" par an. La féerie des paysages et un grand beau temps, nous font oublier cette intense circulation. Voie de transit ancestrale, le franchissement du torrent Mendoza était possible par un pont naturel surnommé aujourd'hui "Puente del Inca". La roche colorée par les eaux sulfureuses, nous témoigne la présence de sources thermales. Inexploitées à ce jour, elles feraient certainement le bonheur des promoteurs européens. Quelques kilomètres plus loin, nous avons la chance d'admirer sa majesté l'Aconcagua et ses 6 959 mètres. Si, côté argentin, la route s'élève insensiblement, côté chilien, la descente est vertigineuse avec ses "caracoles" (séries de 27 lacets). Nous retrouvons la verdure et toutes les senteurs du printemps aux abords de Santiago.
Le 10 Octobre à Santiago, nous avons effectué 12 600 kms, franchi 136 cols et cumulé une dénivelée de 136 000 mètres.Anecdotes :Par chance, notre départ en janvier, nous a évité les ritournelles de la campagne électorale des législatives françaises. Par contre, nous avons profité largement de celle d'Argentine de par la vue et l'ouïe; banderoles aux entrées des villes et villages, énormes slogans peints sur les murs des maisons et soutènements, poteaux chaussées ou rochers. A l'entrée d'un village, notre premier objectif était de repérer les hauts parleurs qui crachaient en fin de journée une musique grésillarde et surtout les promesses électorales des divers partis. De plus, des voitures avec d'imposants hauts parleurs sur le toit battaient la campagne.Lors d'une demande de renseignements à un gendarme, il nous demanda tout d'abord nos passeports pour un rigoureux contrôle d'identité. Il regarda de près une éventuelle ressemblance entre Daniel le baroudeur barbu et sa photo sur le document. Il s'exclama en le rendant : " seguro es el suyo?" (c'est sûr, c'est bien le votre?)!!!! Depuis, nous évitons tout contact avec les autorités!!!Emoi et très grande stupeur chez les supporters de football argentins, leur équipe favorite, battue 5 à 0 par la Colombie à Buenos Aires, n'est toujours pas qualifiée pour le mondial 94. En match de barrage, ils doivent rencontrer l'Australie prochainement. Le fringant"pépé" Maradona, réintégrera-t-il la sélection nationale?

Dans la petite bourgeoisie de Santiago, cela fait très snob de converser en français. Malgré notre tenue peu adéquate, nous "rupinons" dans les quartiers chics de la capitale!!!!

Transports urbains à Santiago : ce ne sont point les querelles entre Senna et Prost mais plutôt entre les chauffeurs de bus qui font la course entre deux feux. Le but du jeu est de ramasser le plus de clients possibles, puis de les rejeter tout aussi rapidement!!!