Octobre 1993

L'ARAUCANIE

 

Santiago marque la limite entre les déserts du nord et la végétation du sud. Située aux mêmes latitudes que l'Europe mais dans l'hémisphère sud, nous retrouvons les paysages de notre continent ainsi que son climat caractéristique. Au centre du Chili, les cultures maraîchères, fruitières et vinicoles prédominent. Au fur et à mesure de notre progression vers des terres plus australes, nous traversons l'Araucanie. Cette région de pâturages, de bétail, de bois, de lacs et de volcans est le berceau de la communauté Mapuche qui signifie gens de la terre. Ce peuple indigène d'Amérique du Sud résista longtemps aux invasions Incaciques et espagnoles avant de se soumettre en 1883 à l'armée chilienne. A partir de cette époque, le gouvernement favorisa l'arrivée de colons européens en leur octroyant la majorité des terres des mapuches. Ces derniers conservèrent de minuscules parcelles et la plus part s'exilèrent vers les villes à la recherche d'un emploi. Il y a quatre ans, ils fondèrent le "consejo de todas las tierras". Ce conseil où se réunissent les représentants des diverses ethnies, a pour but de reprendre leurs terres. Si quelques hectares ont pu être récupérés après occupation des terrains, en revanche l'année dernière, cent quarante quatre mapuches furent emprisonnés puis laissés en liberté conditionnelle sous caution parce qu'ils revendiquaient leurs biens.

Un cours séjour dans la communauté Pehuenche, nous a permis de constater que la plus grande partie de ces Amérindiens vit pauvrement de maigres cultures, de bétail et d'exploitation forestière. Si les colons exploitent leurs vastes propriétés grâce à la mécanisation, les mapuches, eux labourent avec une paire de boeufs et l'arère en bois ou en fer. Dans la cordillère, l'une des principales sources d'alimentation est le pignon, fruit de l'Araucaria. Cet arbre ne se trouve que dans cette zone montagneuse. Tout comme le camelo, il fait partie du patrimoine Pehuenche. Sacré, il ne s'exploite pas. Au contact des villes, les traditions se perdent.Par contre, ailleurs, les familles conservent leur identité d'antan. La "machi" soigne les maux. On parle le "mapudungu". Si le français Tounens s'est proclamé roi de l'Araucanie et de Patagonie, le peuple Mapuche n'a jamais reconnu dans son histoire un quelconque souverain. C'est le "lonco", genre de maire, qui règle les différents, conseille les habitants et les représente au consejo. Hors de la maison, la femme porte le "chamail", robe de laine, avec colliers, bracelets et serre-tête en argent. L'homme revêt la "manta" et le bandeau. Vêtus de façon européenne le reste du temps, ils ont adopté aussi, au fil du temps, les animaux domestiques, la basse-cour, le cheval et le boeuf. Ils pratiquent la religion catholique et parlent tous le castillan. Les mapuches fêtent l'équinoxe du 24 juin qui représente pour eux le nouvel an et se réunissent tous les quatre ans pour discuter, danser et jouer au palin (sorte de hockey).Quant aux colons, ils se divertissent au cours de rodéos qui virent officiellement le jour en 1952. L'arène s'appelle la "media-luna". Le "rodeo chileno" consiste à maîtriser des veaux par groupe de deux cavaliers; Ces derniers obtiennent des points selon l'arrêt effectué sur l'animal à chaque extrémité de la demie lune. Si le veau s'échappe durant le trajet, l'arbitre octroie des "puntos malos". A la fin d'une première manche opposant une quinzaine d'équipes, seules les "colleras" qui totalisent des points positifs, concourent pour une deuxième et une troisième manche. A la fin de cette série, une personnalité remet des lots aux trois premières équipes. La fiesta dure deux jours. La tenue de ces hidalgos est particulière. Coiffés d'un chapeau à la "zorro", ils portent une chemisette et un petit gilet blanc recouverts d'un petit poncho tricolore. Ils revêtent un pantalon gris à rayures et des bottillons noirs avec les traditionnels éperons. Les jambes sont gainées de cuir.Les kermesses se passent sous le regard des volcans quand ceux-ci veulent bien émerger des nuages. Situés à des altitudes variant entre 2 000 et 3 500 m, ils sont recouverts de neiges éternelles et dominent merveilleusement les lacs. Les nombreuses précipitations, environ 3 500 mm par an, expliquent la présence de tant de verdure et de ces petites mers intérieures.Pour rejoindre Bariloche, en Argentine, nous prenons donc la voie des eaux. Trois heures de croisière sur trois lacs successifs nous permettent d'admirer les nuages et la pluie!!!Le 11 novembre, à Bariloche, nous avons effectué 14 100 kms (dont 5205 kms de piste), franchi 137 cols et cumulé une dénivellée de 145 000 mètres.Anecdotes :Record exceptionnel : sept grosses boules de glace dans une petite coupe!!!, nous ne rentrons pas au bercail avant d'avoir fait mieux!!!En Amérique du Sud, la culture française est superbement représentée par "Dur, dur d'être bébé" de Jordi!!!

Quittant la ville d'Osorno, nous sommes interpellés et stoppés par un vendeur de journaux qui nous montre notre photo à la première page et l'article à l'intérieur du journal. Jusqu'alors, nous ne passions pas inaperçus, maintenant, c'est pire. Les jours suivants, lors de nos divers arrêts, on nous ressort cette édition du "diaro".

Dernière minute, en tant que Gaulois et vu les fortes intempéries, nous craignons que le ciel nous tombe sur la tête, aussi pouvez vous nous envoyer le bouclier de Brennus!! D'avance, merci!!