Novembre 1993

PATAGONIE

 

Nous nous imaginions une Patronnie monotone. Quelle ne fût pas notre surprise de découvrir au fil des jours une région variée tant au niveau du paysage que de la faune et de la végétation.


Nous traversons quelques pampas où poussent l'herbe ichu, des arbustes épineux appelés calafate et des touffes de fleurs de rocaille au parfum de lilas; mais aussi des quebradas, des collines au relief adouci et des montagnes abruptes. La Patagonie, c'est à la fois un désert où les pluies et la neige tombent rarement et l'une des plus grandes réserves d'eau douce au monde avec ses glaciers.

Des cours d'eau sillonnent les vastes plateaux créant ainsi des osasis où l'on trouve les estancias et les meilleurs pâturages. De 20 000 à 100 000 hectares, les fermes possèdent entre 3 000 et 100 000 ovins. Les animaux restent dehors toute l'année. Les peones regroupent avec l'aide de chiens, les brebis dans les corrals, dans l'attente d'un traitement insecticide ou la tonte. Une équipe spécialisée de quinze personnes environ se déplace de propriété en propriété, de début novembre à fin janvier. Il faut trois à quatre minutes pour tondre un mouton. Chacun d'eux donne cinq kilos de laine d'où sont retirés les impuretés avant la confection de balles de trois cent kilos. Sur ce territoire de près de 800 000 kms2, sans aucune culture, on dénombre à peine un habitant au km2 pour 7 000 000 d'ovins.

La faune nous surprend. Les lièvres, les guanacos, les renards, les nandous, les oies, les flamands roses, les canards, les traïles et autres oiseaux foisonnent. Seuls les pumas restent invisibles.

Et le vent? On l'attendait venant du sud est. En réalité, il descend la cordillère au grand galop, s'arrête un instant sur les collines et se renforce pour traverser la pampa. Au printemps et en été, les bourrasques dépassent les 100 km/h. Il souffle quotidiennement faisant ainsi la renommée de la Patagonie. Si l'énergie éolienne ne s'exploite pas, le pétrole et surtout le gaz abondent en ces lieux.

Le soleil nous fusille de tous ses rayons et nous devons ressortir du fond du sac les crèmes de protection. Les locaux se plaignent et constatent des brûlures sur la peau depuis quelques années qui seraient dues à l'inexistence de la couche d'ozone au dessus de cette zone Australe.

Situé à la même distance de l'Equateur que Paris, le Perito Moreno est le seul glacier au monde qui continue d'avancer; Il prend naissance à plus de 2000 mètres avant de bloquer les eaux entre le Brazo Rico et le canal de Los Tempanos sur cinq kms de front à 185 m d'altitude. L'eau, qui s'accumule au fil des ans, finit par briser cette digue naturelle. D'une hauteur maximum de 80 m, des immeubles de glace se détachent avec un bruit de tonnerre et se fracassent dans l'eau. Ils créent ainsi un mini raz de marée. Les icebergs peuvent dériver à plus de 130 kms. Le soleil donne des reflets bleutés au pans de glace qui craquent à qui mieux mieux. Nous avons planté la tente à environ un km du glacier afin d'apprécier ce spectacle fabuleux et l'entendre respirer pendant la nuit!!

Nous retraversons la cordillère pour admirer le parc national du Paine. Le massif du Paine date de plus de 12 000 000 d'années. Quelques marches à pied nous permettent d'approcher de plus près ses principaux attraits comme les tours et les cornes du Paine, les lacs, les cascades, la faune et la flore. Ici le temps change brusquement, les tempêtes succèdent aux hautes pressions. De ce fait, nous avons eu beaucoup de chance d'admirer à loisir les tours et les cornes du Paine au relief dantesque de roches granitiques et sédimentaires.

Les sommets dominent de près de 3 000 m des lacs aux eaux émeraudes, turquoises ou grises, où, foisonnent aux alentours les guanacos, les nandous, les renards et les oiseaux. Au printemps, les fleurs embellissent le paysage en une mosaïque de calcéolaires, fuchsias, orchidées, notros et marguerites.

Le 12 décembre, dans le parc du Paine, (100 kms au nord de Puerto Natales), nous avons effectué 16 200 kms, franchi 144 cols et cumulé une denivelée de 160 000 mètres.

Anecdotes :

C'est à croire que les vents de Patagonie attirent tous les cyclos du monde. En dix jours, nous en avons vu autant qu'en dix mois!!!

La "40" (piste nord sud Argentine) est très dangereuse en Patagonie. Nous risquons à tout instant d'être renversé par un lièvre!!! Il débouche d'un fourré et nous coupe la piste puis attend quelques secondes avant de détaler dans la pampa.

Dans la rubrique, logements insolites : quelle nuit avec les poules!! Alors que nous pensions être hébergé dans les bâtiments de la police locale en rase pampa, le flic de service nous indiqua une cabane en tôles à côté de son poulailler. Près de notre bivouac, une poule, plus accueillante que notre "poulet", nous avait pondu deux oeufs. Ces derniers ont agrémenté notre velouté d'asperges et les pâtes sauce italienne. Réveil matinal en fanfare!!! D'abord par le coq qui nous lança son chant de gloire bien avant le lever du soleil. Les premières lueurs du jour apparaissent vers cinq heures. Puis, par la poule qui voulait nous pondre un autre oeuf!! Ce fût alors un cot-cot-cot-codetttt pendant près d'une heure!!!

Record : grâce au vent de Patagonie, nous avons roulé à 70 km/h dans une descente et peu de temps après à 7 km/h face à éole!!! ​