Mars 1993

LOS GUAMBIANOS : LES GENS DE L'EAU

 

Si les amérindiens Chibchas et Muiscas ont disparu, en revanche, à 2800 m d'altitude, sur les bords du rio Piendamo, la communauté Guambiano vit en harmonie avec la nature. Enclavée dans une vallée verdoyante, sans issue. Les eaux des ruisseaux et torrents dévalent de toute parts, d'où l'origine du nom Guambiano, signifiant : les gens de l'eau.

Composée de 20 000 membres, ils sont exclusivement fileurs, tisseurs, agriculteurs et pêcheurs. De tempérament pacifique, ils n'ont pas combattu les espagnols. Ces derniers se contentèrent de les convertir au catholicisme. Ce qui eu pour conséquence, la disparition de la plus plupart de leurs traditions. L'une des rares à avoir résisté aux siècles est la tenue vestimentaire. La couleur bleu prédomine. Un carré de tissu agrafé à la taille des hommes (en forme de jupe), sert également de châle aux femmes. Celles-ci portent une jupe, un petit chapeau melon et se parent de colliers de perles. La ruana (poncho) et l'écharpe protègent du froid leurs maris, fils ou frères.Nous avons eu la chance d'être hébergés, de partager leur repas et de discuter longuement. Dès le réveil, nos hôtes nous invitèrent au petit déjeuner. Quelle ne fût pas notre surprise!! Une grosse assiette de riz, coiffée d'une omelette et sardines, s'avale plus difficilement que deux croissants chauds!! Pour cause de coupure d'électricité, nous avons déjeuné à la bougie.La Colombie subit depuis un an, une sécheresse exceptionnelle. De ce fait, le gouvernement a pris des mesures rigoureuses pour économiser l'énergie. Les colombiens se voient privés de lumière entre trois et cinq heures par jour. Les malheurs des uns faisant le bonheur des autres, les japonais en profitent pour augmenter leur vente de groupes électrogènes.Ce manque d'eau perturbe la physionomie des paysages. Les ruisseaux et les torrents ne coulent plus, rendant les barrages au niveau minimum. L'environnement nous offre de multiples contrastes. En effet, nous passons des forêts tropicales aux sommets secs et dénudés, des riches plaines cultivées à la savane vallonnée, des profondes quebradas aux plus hauts cols dont le plus célèbre se nomme la Linéa.Si elle représente un mythe pour les coureurs cyclistes locaux, et, devenue célèbre pour les français suite à un reportage télévisé, elle ne restera pour nous qu'une vulgaire grimpette. Côté Cajamarca, le paysage n'offre pas de vues exceptionnelles, et de plus, les deux seuls chariots (un descendant et un montant) nous laissent perplexes sur la crédibilité du reportage. La circulation de la nationale 7 nous semble davantage un "alto riesgo de accidente". En bordure de route de la Linéa, nous n'avons jamais vu de chariots mais plutôt l'étalage de grains de café séchant au soleil, bien que nous nous trouvions encore éloignés de la plus importante région productrice.Dans le rôle du gringo de Jacques Vabre ponctionnant chaque sac de café, nous avons tenu à vérifier sa qualité avant son exportation en France. Nous pouvons vous affirmer que l'on vous attribue le meilleur PERGAMINO (nec plus ultra) alors qu'ici tout le monde se contente de la PASSILLA, nous donnant le vulgaire TINTO quotidien (pissette). C'est peut-être l'une des raisons de la nonchalance des colombiens excepté dans la capitale!!Située sur un plateau à 2 600 m d'altitude, Bogota est une ville à risques, et, pas uniquement pour les touristes. Ici les bombes explosent sans raisons apparentes!! Fatalistes, les habitants haussent les épaules et nous disent " hay que no estar aqui en este momento"grâce à une correspondante locale, Francine, de médecins sans frontières, nous avons trouvé aisément un petit hôtel dans le grand centre culturel et historique de la ville, pour la modique somme de 5 000 pesos (35FF). De plus, fort sympa, comme ses compatriotes, le gérant de l'hôtel, avec sa camionnette chevrolet, nous a proposé d'accueillir à l'aéroport de El Dorado, nos amis Jeanine et Alain. Un revolver se trouve en permanence dans la boite à gants!!Sachant que toute arrivée en altitude nécessite un jour de repos, nous avions programmé pour nos amis, une balade à pied. Nous avons effectué l'ascension panoramique du Monserrate qui domine la ville de ses 3 000 m. Nous avons enchaîné, les jours suivants, par la montée d'une série de cols et faux cols de 2 ou 3 000 m d'altitude jalonnant les 1 400 kms nous séparant de Quito. Malgré leur peu d'entraînement, ils ont pu découvrir et apprécier la Colombie à sa juste valeur. Et nous ne les en remercions que davantage pour cette aventure vécue en commun.A Quito, le 4 avril, nous avons effectué 3 700 kms, franchi 35 cols et cumulé une dénivelée de 44 000 m. Nous avons parcouru 800 kms de plus par rapport à notre plan de route initial. D'une part parce que de nombreux détours nous furent recommandés par les insulaires,et d'autre part, la précision des cartes routières locales était des plus approximative.

Depuis quelques semaines, le mécano de l'équipe fait quelques entorses à son chômage technique!!! Après le premier axe de pédale, Pedro Maria récidive et de plus déplore sa première crevaison. Quand à Daniel, il se contente de casser des rayons. Il en a ainsi mis trois de côté pour les futures brochettes!!!