Maroc 2007

 

 

 ​​Salam ali koum

J'arrive à l'aéroport de Marrakech à 1h30. Le temps de récupérer mes sacoches et le vélo, je suis le seul touriste dans l'aéroport. L'employé du bureau de change est sur le point de fermer . Il veut bien faire quuelques minutes supplémentaires. En me donnant les billets (Dirham), il éclate de rire, et me lance un "bienvenu au Maroc misseu". Deux chattons battifolent avec les pédales de mon vélo. J'éclate de rire aussi. Par contre les deux agents du service d'ordre ne rigolent pas!! Ils attendent que je sorte de l'aéroport afin de le fermer.

Dehors, il fait 25 degrés, la route est éclairée par des lampadaires. Un marocain , en vélo, me double. Je lui demande le nombre de kms jusqu'au centre ville. Il ne comprend pas. Un autre arrive en mobylette et me signale que je suis environ à 7 kms de la place Jma El Fna. Le cyclo se cramponne à l'épaule de son collègue. Et, partent à fond la caisse. Ils prennent le prochain giratoire à contre sens au moment où une voiture arrive assez vite. Aie , aie !!!! Ouf, ça passe. Un piéton me souhaite la bienvenue à Marrakech. J'aperçois enfin la mosquée de la Koutoubia. Mais la rue que je dois prendre est fermée en raison de travaux. Un chauffeur de taxi me confirme que je ne suis pas loin de mon hôtel. "Ti vas tout droit, puis quand ti vois la pharmacie à droite sur la place, l'hôtel n'est pas loin". Mais à trois heures du mat, je n'ai pas les yeux en face des trous !!! Je ne vois pas la pharmacie !!! Mais trois autochtones se prélacent sur le péron d'une maison. J'interpelle le plus jeune.

- bonjour

- bonjour l'ami, ti vas où comme ça?

- je cherche l'hôtel Imouzzer.

- ha !! je sais pas trop. Ti es français.

- oui

- je connais la France, j'ai vécu en Haute Savoie pendant 5 ans. Mais je suis revenu au pays.

J'ai l'impression que ses 2 compères sont complètement dans le cirage.

- Dis moi l'ami, tu peux demander à tes voisins s'ils connaissent mon hôtel?

- Désolé, on est pas d'ici. Mais, on peut discuter. Dis moi, ti vas où demain? Ti restes combien de temps au Maroc? Si ti veux je peux te guider.

- Demain, je reste ici. Puis direction l'Atlas. Je te remercie, mais je n'ai pas besoin de guide.

Il sort alors une cigarette, ou plutôt un joint, de sa poche.

- Tiens mon ami, fume avec moi. Dans quelques minutes, ti te sentiras dans un autre monde !!!!

- Non merci, je ne fume pas.

- Ecoute mon ami, tu as tord. Il n'y a rien de mieux que de fumer un peu de haschich. On est super bien après, c'est cool. Toi un aventurier qui se balade à trois du matin dans Marrakech, ti peux pas me refuser ça.

- Je suis crevé et j'ai besoin de me reposer, de dormir. Désolé l'ami, je te laisse.

Je le laisse fréquenter son ailleurs et je reparts à la recherche de mon hôtel. Sur la place, il y a encore des marocains qui vagabondent à la recherche de tout et de n'importe quoi !! Un clochard ramasse un carton, un autre a trouvé la moitié d'une cigarette sur un banc. Nombreux sont ceux qui dorment par terre ou assis. Un parfum de mergueze me titillent les papilles gustatives. Beurk, à trois heures du mat, c'est plutôt désagréable. Je déhambule avec les noctambules de Marrakech. Je croise un marocain qui accompagne trois gazelles. Les femmes étrangères sont ainsi dénommées au Maroc.

- Mais que faites vous ici, à trois du mat ?

- bin, je cherche l'hôtel Imouzzer.

- il n'est pas loin, juste à 50 mètres.

Je frappe, le tenancier ouvre. Il n'est pas très content de me voir arriver à cette heure. Bon, il est temps de dormir un peu. Le voyage ne fait que commencer !!!!

Je suis réveillé à 8 heures par l'appel à la prière du muezzin. Cet appel se fait 5 fois par jour. Du haut de la terrasse de l'hôtel, j'ai une superbe vue sur les toits et les ruelles de Marrakech. La mosquée de la Koutoubia pointe son minaret. C'est un édifice religieux édifié au XII siècle, et représentatif de l'art des Almohades. Personne ou presque dans les ruelles, Marrakech se réveille doucement. Je bois mon premier thé à la menthe (ce ne sera pas le dernier !!!)

A 9 heures, il fait déjà 30 degrés. Dans les ruelles, les boutiques s"ouvrent. Les clients sont peu nombreux pour l'instant. Arrivé à la Place Jma el Fna, je ne vois que les marchands de jus d'orange dans leur kiosque. Ils haranguent les passants. Viens mon ami, seulement trois dirham le verre. Délicieux ce jus d'orange, je reviendrai. Non loin de là, un groupe de marocains s'installe. Ce sont les charmeurs de serpents. J'attends un instant et je vais voir de plus près les couleuvres, les vipéres et les cobras.
Ne tombons pas sous le charme !

Les « charmeurs » ne charment que des badauds et des touristes maintenus dans l'ignorance des tenants et des aboutissants, notamment désinformés des moeurs réelles de ces remarquables espèces. Les seuls qui se dressent face à la flûte sont les cobras (ils sont sourds), parce que se sentant menacée par toute présence hostile, cette espèce adopte instinctivement le comportement défensif de cette spectaculaire érection, toute coiffe déployée. C'est ce comportement qui depuis toujours fascine les hommes. Une fois prélevés dans la nature, ces animaux ont la plupart du temps leurs crochets venimeux arrachés, ce qui occasionne l'apparition d'abcès qui provoquent une mort lente et douloureuse. Ces serpents sont manipulés sur la Place Jma El Fnaa (et ailleurs), contraints d'adopter systématiquement une position de défense absolument stressante, meurent TOUS et sans exception d'épuisement après quelques mois, deux ou trois tout au plus.

Je m'approche à moins de deux mètres du cobra qui reste sans réaction. Un musicien joue de la flûte à 3 mètres de là !!!. Un marocain me dit d'approcher, il pointe un bâton en direction du cobra qui se met immédiatement en position de défense. C'est sûr, c'est beau de voir ce spectacle. Mais quand on connaît les tenants et les aboutissants, on ne peut que boycotter cette comédie. La flûte n'est qu'un instrument de mise en scène ! L'imposture du talent des charmeurs de serpents ne serait que magie aux fins de perpétuer un spectacle moyenâgeux si elle n'induisait pas la maltraitance des cobras, des vipères ou des couleuvres.
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Stressés par de fréquentes manipulations et par l'obligation qui leur est faite d'adopter une posture de défense. ils meurent très rapidement après une courte vie moribonde, au service de la cupidité et d'une bêtise inhumaine. Circulez, il n' y a rien à voir !!!

 

Profession : guerrab
ok l'habit fait pas le moine mais en tout cas il fait le guerrab. Le porteur d'eau.
Vendeurs traditionnels d’eau dans les places publiques, ils sont toujours là, sombrero sur la tête, un habit rouge du plus bel effet et cloches en main, avec leurs tasses en cuivre, une outre en peau remplie d'eau, défiant les temps et les usages. Les clients sont essentiellement des touristes. Le prix d'une coupelle d'eau est de 3 dirhams. En fait; les gens donnent ce qu'ils veulent. Le guerrab survie grâce aux touristes.

La Médina où l'on trouve les souks, est un labyrinthe de ruelles où il est impossible de se perdre !!!
Vieux de 8 siècles les souks de Marrakech servaient à l'origine, de point de rencontre pour les caravaniers en partance vers les grandes routes du sud. Plus tard, des artisans et surtout des tisserands et des tanneurs occupèrent les lieux. Ils sont aujourd'hui des milliers à travailler dans ce labyrinthe où règne une ambiance hors du commun. Ici, c'est un rythme de vie où le temps s'est arrêté. Parfois, Rien ou presque n'a changé depuis des siècles!!!
C'est un véritable bonheur de se balader dans la médina au delà des étals réservés aux touristes!!!
ici pas de coupe gorge, c'est avec plaisir que l'on vous remet dans le droit chemin ou plutôt la bonne ruelle.

J'ai à peine fait quelques mètres dans la Medina qu'un rabatteur me propose de boire le thé chez un cousin. Je sais pertinemment que je vais dans un magasin. J'accepte son invitation. Je suis curieux de voir leur quotidien mercantil.

- entre mon ami, je te présente mon cousin, Hamed.

- Salam ali koum

- ali koum salam

- Assis toi, mon ami. Nous allons boire le thé en signe de bienvenue et nous causerons un peu affaire après.

Je suis dans un magasin où l'on trouve uniquement des articles de cuir : Babouches, sacs, poufs, coussins, portes monnaie, couvre livre, etc

- alors mon ami, ti restes à Marrakech quelques jours, me demande Hamed.

- non, je reparts demain. Je vais dans l'Atlas.

- ok, mais regarde autour de toi, il y a sûrement quelque chose dont ti as envie de t'offrir !!! Regarde comme c'est beau. Regarde, cette finition professionnelle. C'est sûr, ti vas certainement trouvé quelque chose qui te plaira. Pense à toi, à ta gazelle; à ta famille ou peut être à tes amis.

Je joue le jeu !!! et je regarde et je touche beaucoup d'articles. C'est vrai que c'est beau, que j'ai envie d'acheter !!!

- alors mon ami, c'est quoi qui te plait le plus !!! des babouches traditionnelles, ou ce pouf.

- désolé, mais je voyage en vélo et mon périple ne fait que commencer. Je repasserai dans un mois.

- mais regarde ce porte monnaie, il n'est pas lourd !!! Dis moi ton prix !! ce sera le mien !!

- merci pour ton accueil, mais je suis ici juste pour le plaisir des yeux. Je reviendrai.

- bon ok mon ami, mais reviens avec ta gazelle et tes amis. Et, vous m'acheterez tout le magasin!!!

C'est difficile de se balader sans se faire haraguer. Au bout du 4 ème rabatteur, je refuse de le suivre.
Les corps de métier sont regroupés par quartier.
Il est dommage de ne pas pouvoir vous faire profiter de toutes les senteurs, de toutes ces effluves qui s'échappent des échoppes, ou de certains quartiers comme celui des tanneurs.

 

Le tannage permet de transformer la peau, matière vivante en cuir imputrescible. Les peaux de mouton, de chèvre, de vache ou de dromadaire sont trempées dans l'eau pendant 2 jours pour être assouplies, puis débarassées de leurs poils et de tout élément organique dans des bains de chaux pendant une semaine. Aprés trois semaines de macération, elles sont rincées à grande eau. On élimine les dernières adhérences sur le côté chair par l'opération d'écharnage.
Elle est ensuite plongée dans une étrange mixture, faite de fiente de pigeon et d'eau, pour être encore assouplie. Le produit ainsi obtenu, la peau en tripe, est prête pour le tannage.

Les peaux sont ensuite immergées dans des foulons, ces grandes cuves collées les unes aux autres et dont la plus part sont ici depuis plusieurs siècles. Elles baignent quelques jours dans une solution tannique obtenue à partir d'écorce broyée de grenadier ou de mimosa. La peau en tripe devient ainsi du cuir.
Suivent les nombreuses opérations de finissage qui permettront d'obtenir différentes qualité de cuirs. Plongé dans un ou plusieurs bains d'huile qui le font gagner en souplesse, le cuir est ensuite teint avec des pigments naturels ou des colorants chimiques. Il est enfin soigneusement étendu sur les toits et les collines avoisinantes pour sécher.
Le travail des teinturiers n'a guère changé. Depuis des siècles les mêmes méthodes de coloration sont employées. Les peaux tannées et les textiles sont immergés dans des cuves aux parois de céramique et piétinés par les artisans. Certains colorants sont élaborés à partir de pigments naturels comme le coquelicots, l'indigo, le safran, le noyau de datte et l'antimoine. Ils permettent d'obtenir les couleurs rouge, bleu, jaune ,beige et noir. Les matières teintées serviront à confectionner les tapis et les objets en cuir, principaux produits artisanaux d'exportation du Maroc.
Certains procédés employés sont très agressif pour l'environnement et pour les artisans qui travaillent sans masque.


Pour découvrir Marrakech, il faut prendre le temps de s'arrêter afin de voir et de ressentir le quotidien des habitants.

Le lendemain, en début d'après midi, je prends un bus. Deux heures plus tard, j'arrive à Demnate, capitale de l'olive, au pied de l'Atlas. La piste qui relie Demante à Ourzazate fut construite par les colons français. Elle a été goudronnée récemment. Cette route ne figure sur aucune carte pour l'instant. Elle traverse le Haut Atlas sur plus de 140 kms.

Pas de panneau, mais il n'y a pas 36 routes !!!Au sortir de Demnate, la route s'élève déjà. Je traverse une forêt. Puis le pont naturel d'Imi-n-fri apparaît. C'est une gigantesque arche creusée par une petite rivière qui peut devenir torrent. Le terrain y est très glissant. Les pierres lissées par l'eau sont souvent recouvertes de la fiente de la multitude d'oiseaux logeant sur les parois et le plafond. A proximité du pont, le paysage semi désertique est couvert d'une végétation de plantes grasses : figuiers de barbarie, euphorbe-oursin (endémique du Maroc) qui forment de gigantesques "coussins épineux " et aussi des palmiers nains.

La route sélève encore et toujours. Il ne faut que quelques kms pour se trouver au coeur de l'Atlas et découvrir le début des moissons. Le blé est coupé à la serpe avant d'être séché une dizaine de jours. Puis la batteuse se chargera de séparer l'épis de la gerbe. La mécanisation a fait son apparition aprés le goudronnage de la piste.

Les montagnes semi-désertiques du Haut Atlas offrent mille et une couleurs avec des oasis où vivotent les berbères. Les jeunes enfants me poursuivent et m'interpellent. Misseu, misseu, donne moi un bonbon, donne moi un stylo. Ils sont parfois un peu collant, mais pas agressif. Il fait de plus en plus chaud. Au loin, j'aperçois le sommet de mon premier col à plus de 2000 m. Je croise un berger avec son fils. Ils ont un petit troupeau d'une dizaine de moutons. Je m'arrête. Salam ali koum !! ali koum me répond -il. Mais la conversation ne va guère plus loin. Impossible de comprendre son charabia. Dommage. Le chiot qui les accompagne se blottit contre mes sacoches, à l'ombre. Il fait chaud, très chaud. Le thermomètre affiche 40 ° à 2000 m d'altitude. Le paysage est de plus en plus beau. Je fais de nombreuses haltes afin de profiter des superbes panoramas. Les arbustes sont peu nombreux. Et, lorsque j'en vois un près de la route, je me précipite pour profiter de son ombre salvatrice. Je suis à plus de 2400 m d'altitude. Je mange un peu et biensûr une bonne sieste s'impose. Je reparts en direction du dernier col de la journée. Au loin les hautes montagnes de l'Atlas n'ont pas la moindre trace de neige. Pas la moindre trace d'eau dans les environs. Mes bidons sont vides. Je n'ai plus qu'à attendre la venue d'une hypothétique voiture. La circulation n'est pas du genre endiablée, par ici. Mais que vois je. Est ce un mirage !!! Deux camping cars arrivent. Je leur fais signe de s'arrêter. Mais, ils continuent sans me dire quoi que soit. C'est tout juste s'ils me font un signe de la main. Merci chers compratriotes !!! ils étaient français. Quelques minutes plus tard, un 4X4 s'immobilise à ma hauteur.

- bonjour mon ami, mais où vas tu?

- Je vais à Toufrine

- C'est encore loin, mais t'as fait le plus dur. Tu vas bientôt redescendre dans des gorges. Si ti veux, je peux mettre ton vélo dans le 4X4 et dans un quart d'heure, tu seras au village.

- merci t'es sympa, mais je préfère continuer en vélo. Je ne suis pas pressé, juste un peu fatigué. J'ai pas l'habitude de cette chaleur.

- ok mon ami, comme ti veux. T'as pas de problème. T'as besoin de rien ?

- as tu un peu d'eau s'il te plait ?

- oui, attends ...donne moi ton bidon. Misseu, si ti veux, ti peux dormir chez moi ce soir. Je ti donne ma carte. J'habite après Toufrine. J'ai un gîte. Mais c'est comme ti veux. T'es pas obligé. Allez mon ami, à bientôt et bienvenue dans l'Atlas.

- merci beaucoup pour ton accueil, mais je ne sais pas encore où je vais dormir ce soir.

- bon voyage mon ami !!!

- à bientôt peut être !!

Je siffle mon bidon en un éclair. Je n'ai plus d'eau à nouveau !!! Mais bon, le village de Imi n-Ouark (1600 m d'altitude) se trouve au bas de la descente. Je suis à présent des gorges asséchées. Tout est minéral autour de moi. J'arrive au village et je demande s'il y a un un gîte, ici. Mon interlocuteur qui ne me comprend pas, va chercher un interprète. J'ai de la chance !!

- Suis moi mon ami, mon frère a un gîte. Il est guide de montagne

Il frappe à une grange. Son frère, Ali, fait la sieste sur une paillasse. Mon vélo restera dans la grange. Je prends quelques affaires et Ali me montre sa maison. Je dormirai en fait dans la pièce commune où la famille reçoit ses invités. C'est une grande pièce recouverte de tapis. Il y a aussi quelques coussins et une table basse. Quelques minutes plus tard, il revient avec du thé à la menthe et du pain que je tartine de miel. Le soir j'aurai droit au traditionnel tajine. Ali est guide de haute montagne et agriculteur. La vie est dure, mais il ne se plaint pas. Il est heureux de vivre dans l'Atlas.

Le lendemain, départ à 6h30, je poursuit ma vélochée dans le Haut Atlas, une traversée nord, sud. Je longe les gorges de Tessaout. Pour la première fois, je vois une rivière qui coule !!! Sur les bords, les céréales sont cultivées. Au delà, tout est minéral. Après un radier, la route s'élève dans un dédale de rochers et de pierraille. La chaleur devient insuportable dans ce monde minéral. Je suis à nouveau à plus de 2200 m d'altitude dans un desert parsemé de quelques oasis. Les montagnes alentours sont multicolres. Mais que c'est beau !!! Le dernier col m'offre encore de superbes panoramas. La descente vers Ourzazate est un enfer !!! Il fait de plus en plus chaud. J'ai l'impression que je vais fondre sur la route.

Je trouve facilement le camping de Ourzazate. Il n'y a pas le moindre endroit où je puisse planter ma tente. Pas de gazon, la rocaille est omniprésente. Il est inutile d'essayer de planter mes sardines par ici. J'ai pas de marteau piqueur pour faire les trous !! Il y a toutefois des chambres qui sont libres à côté du local de la réception. Je peux même prendre une douche froide. C'est du pur bonheur après cette chaleur quasi volcanique. J'ai cependant la visite surprise de gros cafards qui n'incite guére à se prélacer sous l'onde réparatrice.

Après Ourzazate, je décide de rouler uniquement le matin à cause de cette chaleur torride. Le gérant du camping m'a prévenu. Surtout, tu ne vas pas dans le sud, ni dans le désert, sinon tu vas mourir !!! Il est rassurant le bougre !! Jusqu'à Agdz, le paysage est désertique avec quelques petites oasis. La route goudronnée est du genre casse patte. A Aît Saoun, je fais le plein d'eau dans un café. Le tenancier m'offre quelques abricots. La dernière côte avant Agdz dure 5 kms et passe au col de Tizi n Tinififft (à vos souhaits !!) à 1660 m d'altitude, me dit il. Après, c'est que du bonheur, enfin presque. Je descends dans un autre chaudron !!

J'arrive à Agdz vers 12h en même temps que la chaleur. Le camping à la sortie de la bourgade ne m'inspire pas. Je dégote un petit hôtel de baroudeur dans le centre. Ainsi, j'aurai tout le loisir de voir le quotidien des habitants après un tajine et la sieste. La douche froide fait partie des meilleurs moments de la journée.

Je mange le tajine dans un resto non loin de l'hôtel. Mais qu'est ce que c'est que ce truc verdâtre qui trône au dessus des carottes et des pommes de terre !!! Je goûte un petit chouïa. Au feu, au feu, vite les pompiers !! ils sont où ? Je viens d'avaler un morceau de piment qui m'arrache la gorge. Et, je ne vous parle même pas des intestins plus tard!!! Je bois 3 verres d'eau pour éteindre ce brasier. Bon, le volcan s'est assagi. Je peux finir le repas. Un marocain s'installe en face de moi et semble vouloir faire connaissance. Lui, il tombe mal. Pourtant, je réponds amicalement à ses questions. Et, lorsque Houssine me parle de désert, je suis très intéressé par sa proposition. Il me suggére de me guider dans le désert du Sahara, à dos de dromadaire. Je peux choisir le nombre de jours que je veux. Je paie le tajine qui me reste encore en travers de la gorge !! Et, nous partons chez un de ses cousins pour parler affaire. Biensûr, son cousin est propriétaire d'une caverne d'Ali Baba où l'on trouve tout l'artisanat local. Par chance, il n'est pas là !!! Après, une bonne heure de discussion, nous nous mettons d'accord pour une méharée de 2 jours aux portes du Sahara, au sud de Tagounite. Nous nous retrouverons à Zagora où je laisserai mon vélo chez un de ses amis. Je lui donne un acompte, en espérant que ce ne soit pas une arnaque !! L'instinct me dit : fait lui confiance !! Je suis peut être naïf, mais comment résister à l'appel du désert!! Je serai le seul touriste avec un guide et un chamelier.

Je vais de mal en pis. Le piment commence son oeuvre de fouteur de m.... J'ai l'impression que mes intestins sont broyés. Je n'ai plus qu'à me coucher et attendre l'apothéose !! Le tord-boyau perdure toute la soirée et une bonne partie de la nuit. Au petit matin, les yeux hagards, je me décide de continuer jusqu'au prochain village mais sans manger quoi que ce soit.

A partir de Agdz, la vallée du Draa déploie ses tentacules de verdure, entourée d'un monde minéral. Durant l'Antiquité, le Draa désignait, non pas une vallée, mais le plus long fleuve du Maroc. Formé par l'oued Ouarzazate et l'oued Dadès, il rejoignait l'Atlantique aux environs de Tan Tan. Aujourd'hui les eaux du Draa n'atteignent l'océan que lors de crues exceptionnelles. Bien que l'oued Drâa commence à Ouarzazate, il reste invisible sur plus de 60 km.
Les palmeraies et les champs cultivés semblent s'étendrent à l'infini, bordés par de superbes ksar et Kasbah de pisé. Ces habitations faites de terre, de paille et d'eau sont posées en hauteur, sur les terres non fertiles et dominent la palmeraie. Le ksar, c'est un village ou un quartier fortifié. Chaque ksar possédaient un recueil de lois coutumières appliquées par une assemblée ayant la charge des questions d'odre local : irrigation, récolte, droit pénal. Ces lois existaient également à l'échelon supérieur pour régler des problèmes entre villages et tribus. De manière plus générale, après une phase de conflit territorial aigu, parfois violent, entre tribus, était établie un pacte délimitant les territoires et leur usage sous la garantie d'une autorité religieuse.
La kasba, c'était la résidence des caïd locaux. C'était une maison forte conçue à l'origine pour se prémunir contre le
froid, la chaleur et l'insécurité permanente. Elle abritait les hommes, les animaux, les récoltes et le puit. Elle peut compter jusqu'à 50 personnes. Au rez de chaussée se trouve les étables. Au premier étage, C'est le grenier, où est stocké le fourrage. Au dessus la cuisine et les pièces d'habitations sont meublés de coffres, de banquettes, de coussins et de tapis. Ces citadelles de terre, témoins des affrontements entre tribus berbères, sont pour la plupart laissées à l'abandon. Ces majestueuses forteresses de terre rouge ou ocre, sont menacées par les intempéries et tombent en ruine, au risque de disparaître à jamais du paysage marocain. Certaines sont transformées en musée ou en hôtel.

La palmeraie se repose durant l'été. Ici, on ne compte pas sur la pluie pour cultiver. De plus le barrage en amont de Ourzazate retient quasiment toute l'eau qui descend de l'Atlas. D'ailleurs le Draa est à sec. La palmeraie occupe la surface de la nappe phréatique et les jardins sont irrigués à partir des puits et de la dérivation des eaux de l'oued (lorsqu'il n'est pas à sec). Les segias sont des canaux d'irrigation long de plusieurs kms. Pour dériver l'eau d'un oued, les habitants construisent un bassin de retenue. Le réseau est parfois cimenter afin de limiter les pertes en eau par infiltration. Les terrains cultivés sont souvent minuscules et enserrés dans des murs en pisé. On y cultive des carrés de poivrons, de tomates, de pastèques, de haricots, de fourrage, de henné, de menthe, de fruits ou de céréales comme le blé, l'orge, le maïs. Ils sont récoltés, puis vendus au souk hebdomadaire en même temps que les dattes et les olives. Mais la richesse des palmeraies, ce sont les dattes. Seize variétés différentes y ont été recensées. Les deux millions de palmiers-dattiers produisent annuellement vingt mille tonnes de dattes. Un palmier vit 50 à 200 ans. Il y a 50 palmiers femelles pour un male. Le palmier dattier, connu depuis l’antiquité, était considéré par les égyptiens comme un symbole de fertilité, représenté par les carthaginois sur les pièces de monnaies et les monuments, et utilisé par les Grecs et les Latins comme ornement lors des célébrations triomphales. Originaire d’Afrique du Nord, le palmier dattier est abondamment cultivé de l’Arabie au Golfe Persique, où il forme la végétation caractéristique des oasis. Mais aujourd'hui les palmiers dattiers sont menacées d'extinction à cause de la maladie du bayoud. Cette maladie, due à un champignon dont le mycélium se développe de la base vers le sommet de l'arbre, et provoque la mort lorsqu’il atteint le bourgeon terminal, est la hantise des phéniciculteurs locaux. En outre, la salinité des sols, et le phénomène d’ensablement sont égalements des facteurs destructeurs.

Je me sens las. Les jambes sont en coton !! Il faut que je m'arrête au prochain village, à Ouladatman. D'ailleurs, je vois un panneau camping. Et, à peine arrêté, un marocain m'invite dans son camping !!! Je le suis dans la palmeraie et nous arrivons dans un havre de verdure, de calme et de paix. Les oiseaux gazouillent. C'est le paradis, ici !!! Je rentre dans une tente berbère, tissée en poil de dromadaire. Une natte est étendue sur le sol. Il y a également deux tables basses et des coussins. Les côtés de la tente sont ajourés, laissant passer une petite brise. Je resterai ici le temps qu'il faudra pour me requinquer. Aziz voit très bien que je suis patraque. Il me propose tout de suite de manger un tajine !!! Non, non merci, répondis-je. Il insiste. Ok, un peu plus tard, je mangerai quelques fruits et du melon. Il n'y a pas d"épicerie au village. Il envoie alors un jeune garçon pour faire mes courses au magasin le plus proche, à plus de 7 kms!!. En dehors de la palmeraie, il fait très chaud. Je n'ai rien mangé depuis 24 heures. Pour l'heure, j'ai envie de dormir. Je m'affale sur la natte.

Trois heures plus tard, Aziz revient avec deux sacs noirs remplis de fruits et de légumes que j'ai commandé. Il veut à tout prix que je mange. Il ne sais pas quoi faire pour me rendre service. Ne t'inquiète pas Aziz. Je vais juste manger un peu de melon et une orange, et, après la forte chaleur, nous irons nous balader dans la palmeraie et dans le village. Mais, j'ai besoin de me reposer encore un peu.

Après la balade, Aziz me propose de manger et de dormir chez lui. Désolé de te décevoir, mon ami, mais ce soir, j'aimerai juste manger quelques pommes de terre et dormir dans la tente berbère, au frais. Il est très déçu.

Réveillé par les oiseaux, je m'étire. J'ai dormi comme un bébé !! J'ai la forme olympique ce matin!! Je mange quelques fruits, prépare mes affraires rapidement. Aziz arrive et doit se demander s'il voit le même bonhomme que la veille. Au revoir Aziz, et merci pour ton accueil. Soixante kms me séparent de Zagora. Les kilomètres défilent. La route longe la palmeraie. A Zagora, je retrouve Houssine. Je laisse le vélo dans le magasin de son ami Madjer. J'ai droit à l'inventaire de son bric à brac. Tout l'artisanat berbères et des hommes bleus du désert se trouve sous mes yeux. J'achète un chèche qui est indispensable dans le désert ainsi que la croix du désert.

Houssine trouve un taxi collectif. C'est une vielle pigeot 400X4. Les portes se ferment à coup de pied. Il n'y a plus de manivelle pour ouvrir les fenêtres. Mais ça roule encore !!! Nous allons à Tagounite où nous changeons de voiture. Nous sommes 5 dans une 4 L poussive en piteuse état. Le vent s'est levé. Une pluie de sable vient du désert du Sahara. On ne voit pas grand chose. Le chauffeur laisse la route goudronnée et nous roulons à présent sur une piste parfois ensablée. La 4 L passe tous les obstacles. Autour de nous, tout est minéral. La tempête fait rage, et nous ne voyons pas grand chose. Le chauffeur trouve facilement son chemin. Par moment, je ne vois plus de piste !!! Nous arrivons à un camp Touareg. Je distingue quelques tentes au milieu des dunes. Nous entrons dans l'une d'entre elles. A l'entrée, se trouve le coin cuisine. Nous nous asseyons dans la pièce circulaire, recouverte de nattes. Acku, un jeune touareg, prépare le thé. C'est le chamelier qui partira avec nous à l'aube. Puis il nous sert un superbe couscous. Dehors, la tempête se calme. ouf !!

Lever 5 heures, les premières lueurs pointent à l'horizon. Je commence à faire des photos. J'ai hâte de partir, mais mes deux compères roupillent encore. Rien ne vaut le voyage en solitaire. Au moins, on attend personne!!!. On est libre comme le vent. Enfin, tout le monde est prêt. Les deux dromadaires sont chargés d'eau, de nourriture et de couvertures. Nous partons au milieu de dunes et de tentes Touareg. Pour l'instant, je n'ai guère envie de grimper sur la bosse d'un camélidé. Je marche et je prends plaisir à faire des photos de ce monde minéral. Nous ne sommes que des grains de sable parmi tant d'autres. Le désert évoque d'abord du sable, à perte de vue, mais cette aridité est aussi composée de cailloux et de rochers.

Introduit au Maghreb dès l'époque romaine, le dromadaire n'existe qu'à l'état domestique et ne se plait que dans un désert. Il est plus grand que le chameau, plus fin et n'a qu'une seule bosse. Il résiste à la chaleur en élevant sa température à 40 ° tout en limitant sa transpiration. Il peut rester une semaine sans boire en été et jusqu'à 5 mois en hiver s'il n'est pas trop actif. Il perdra sans dommage le quart de son poids. Animal rustique, il mange de tout (20 à 30 kg par jour), y compris, des épineux qu'il peut saisir sans douleur grâce à ses lèvres charnues. Les narines se ferment quand le vent charrie du sable et une épaisse frange de cils protège les yeux. Le pied large, il s'enfonce peu dans le sable. Les deux doigts de chaque pied sont réunis dans un coussinet qui facilite l'appui sur le sable. Malgré cet avantage, il ne peut pas galoper longtemps. Sa vitesse maximale est de 25 km/h environ. Il est lent, 2 à 3 km/h, mais infatiguable. Il peut cheminer 15 h de suite chargé de 150 kg. Son allure, l'amble, lui donne cette noble démarche caractéristique souple et chaloupante avec une allure hautaine. Ils avancent à la fois les deux membres du même côté. Ce qui donne le mal de mer à un non initié, même en plein désert!!. Non, sa bosse n'est pas un réservoir d'eau, mais bien un réserve de graisse. Et cette graisse n'est concentrée qu'en ce seul endroit de son corps.

Contrairement aux idées reçues, le sahara n'est pas uniquement recouvert de sable, de dunes ou de caillasse. Un peu de pluie permet la pousse d'une végétation rèche et hétéroclite dont les dromadaires et les chèvres se nourissent.
Vers 11 heures il commence à faire très chaud. Le paysage a changé. Les dunes ont laissé la place à des cailloux et du gravier. De l'herbe rèche et l'acacias épineux contrastent avec ce monde minéral. Nous stoppons à l'ombre d'un arbuste. Les dromadaires sont débarassés de leur bardas. Les 2 pieds avant sont attachés afin qu'ils ne prennent pas la poudre d'escampette !!! Acku prépare un thé. Il n'a pas de problème pour faire un petit feu. Il trouve facilement un peu d'herbe sèche et quelques branches mortes. Puis, le repas est préparé. IL sera uniquement composé de fruits (melons, oranges) avec des tomates et des concombres. Même à l'ombre, ça cogne !!! Il n'y a plus qu'une seule chose à faire, la sieste. Nous repartons vers 17 heures. C'est exténuant de marcher sur le sable. Je n'ai pas le pied adéquat!!. Je suis un peu las après une petite matinée de marche. Je grimpe donc sur le dos d'un dromadaire. Nous avançons cahin caha. J'ai tout le loisir d'admirer le paysage autour de moi.Le vent s'est levé et forçit au fil des heures. J'aprécie alors le chèche qui me protège la tête de ce sable qui me fouette le visage. On distingue à peine le soleil couchant avec ces nuages de sable opaque. Il est temps de trouver un coin pour bivouaquer. Mais avant, il faut faire le plein d'eau. Acku nous déniche un puit au milieu de nul part. Les dromadaires boivent d'abord. Puis il faut remplir les jerricans rapidement. La nuit va bientôt arriver. Nous repartons illico presto à 500 mètres de là. Nous bivouaquerons entre 2 dunes et à côté d'un acacias. Avec Houssine, je pars pour ramasser des brindilles et des branches mortes afin de faire un feu pour cuire le pain et le tajine. Pendant ce temps, Acku soulage les dromadaires de leur fardeau et prépare le bivouac. Nous revenons les bras chargés de branchages. Il fait nuit à présent. Comme lumière, nous avons uniquement la lueur du feu. Acku entreprend alors la fabrication du pain du désert. Je n'en perds pas une miette. Et, je fais des photos tant bien que mal dans l'obscurité. J'ai juste le petit flash intégré pour éclairer la scène. Voilà le pain est prêt. Il va refroidir sur un linge. Acku prépare ensuite le tajine (pommes de terre, carottes, oignons). Nous sommes un peu abrités du vent qui souffle par moment en bourrasque. Tout est prêt pour le repas. Nous mangeons à la lueur du feu de camp. Certes, de temps en temps, nous mangeons un zest de sable et de cendre!!! Ainsi vivent les hommes bleus du désert.

Le désert est fréquenté entre autres par des populations de nomades, les Touaregs, nommés les «hommes bleus du désert». Ces hommes ont toujours donné une image particulière de la liberté. Les Touaregs sont des Berbères, n'appartenant ni à une nation, ni à une race, mais à un ensemble culturel bien spécifique, puisqu' ils ont des usages, des coutumes, et une langue bien à eux. « Touareg » est un terme arabe, qui signifierait, selon certains, « abandonné de Dieu », en raison de la farouche opposition qu’ils ont affichée à l’égard de l’Islam. Mais les mythiques hommes bleus du désert préfèrent s’appeler Imouhar, qui peut se traduire dans la langue touareg (le tamahak), en « homme libre, indépendant ». Pourquoi bleu ? C’est la couleur indigo de leurs vêtements, et spécialement de leur chèche, qui a contribuée très largement au mythe des hommes bleus du
désert. La teinte non fixée du chèche colore et pigmente la peau du visage, et leurs vêtements font de même sur la peau de leur corps. Emblème du touareg et du «raider saharien», le chèche reste pour beaucoup un mystère à utiliser. C’est en effet tout un art que d’enrouler un chèche ! Celui qui est né dans cet univers hostile a été modelé depuis le début de la vie de l'humanité pour devenir un être extraordinairement adapté au lieu : Il peut marcher, des journées entières en buvant peu et en foulant le sol brûlant de ses pieds nus. Il sait survivre là où l'homme qui n'est pas né dans le désert meurt en peu de temps.

Avant de nous endormir, sous une couverture, dans notre hôtel 100000000000000000 étoiles, Houssine et Acku chantent quelques chansons Touaregs. Ils frappent dans leurs mains et sur un bidon.

Le lendemain , nous cheminons dans un monde quasiment minéral. Il y a beaucoup moins de végétation que la veille. Biensûr, nous nous arrêtons vers 11 heures. Acku trouve une nouvelle fois, un arbre bienfaiteur, un tamaris. Mais, je peux compter le nombre de feuilles !!! qui nous protègent tant bien que mal des rayons meurtriers du soleil. Au zenith, il fait chaud, très chaud. Mon thermomètre indique plus de 45° à l'ombre. J'ai l'impression de cuire dans un four. En dehors de l'ombre, le sable est brûlant !!! Mais comment font ils, les Touaregs, pour vivre dans cette fournaise. En juillet et août, c'est pire.

Merci Houssine et Acku, je n'oubierai jamais ces deux jours. Je rêve de traverser un jour le Sahara avec une méharée.

De retour à Zagora, je récupère mon VTT. Je rejoint Ourzazate en bus. Je retrouve le camping et les "big" cafards qui se baladent dans la douche.

J'avais prévu au préalable de traverser le Djebel Sarho, entre Zagora et Merzouga. Mais avec cette forte chaleur, l'impossibilité de remplir les gourdes en dehors des villages, les longues distances entre bourgs, je préfère revenir à Ourzazate. Je retrouverai le parcours initialement prévu à Tinerir. La route qui relie Ourzazate à Tinerir, est fréquentée par une circulation parfois importante. Dès que je croise un véhicule, et surtout un camion ou un car, je regarde derrière moi. En effet, la route n'est pas très large. Il n'y a pas la place pour 2 véhicules et un vélo. D'ailleurs, je vais rapidement en avoir la certitude. Au loin, je distigue une voiture suivi par un bus. Arrivés à ma hauteur, le bus débouche et double la voiture !!! J'ai juste le temps de me déporter sur le bas côté. Les marocains sont plutôt cool dans la vie. Mais dès qu'ils ont un volant dans les doitgs, ils sont imprévisibles. Ils conduisent comme des fanjos. Ils sont très pressés et prennent de gros risques. En fait, la priorité est au véhicule le plus gros !!! Donc, avec mon petit vélo, j'ai intérêt à être très prudent si je ne veux pas finir mon périple dans le décor ou dans les nuages !!!

Mon prochain arrêt se fait à Skoura, situé seulement à 44 kms d'Ourzazate. Le payasge est uniquement minéral avec de rares oasis. Justement, Skoura est la plus grande et la plus belle oasis de la région. Avec une belle palmeraie, où l'on découvre des ksars et des kasbahs en ruine ou en rénovation. De plus, c'est ici que se trouve l'une des plus belles Kasbah. C'est dans la Kasbah d'Amridhil que le film d'Ali Baba et les 40 voleurs a été réalisé en grande partie. Il est difficile de me balader sans voir un rabatteur qui me propose un visite guidée de la palmeraie et des Kasbahs, et, en finnissant dans la boutique d'un cousin.

Dans ce monde minéral, le paysage est plus verdoyant grâce à la rivière Assif M’Goun, non loin de Boulmane du Dades. Situé à 170 km de Ouarzazate, Tineghir est une oasis d'une trentaine de kilomètres, s'étirant le long du Todra au débouché du haut Atlas, à 1300 m d'altitude. L'oued reçoit en amont les eaux issues de la fusion de la neige (sommets à plus de 2500m) et des pluies drainées par les vallées convergentes. L'ensoleillement y dépasse les 3200 h par an. Les activités agricoles, commerciales et artisanales font vivre 40 000 habitants.. Tineghir s'ouvre sur le monde moderne grâce au tourisme de randonnée (visite des gorges de Dadès, des gorges du Todra, escalade). Tineghir (peut s'écrire aussi Tinerir) est polué comme tous les villages et toutes les villes du Maroc. C'est un amas de détritus, pêle-mêle, qui recouvre les entrées et les sorties des bourgs. Les cours d'eau sont également souillés. Ils ne donnent guère envie de faire trempette. Pourtant, je vois des enfants se baigner dans des trous d'eau, et des femmes faire leur lessive. Rien, n'est fait, pour le ramassage et le traitement des ordures.

J'arrive vers 10h à Tineghir. Un camping se trouve à l'entrée de la ville. Superbe!!! Mais je déchante très vite. Le sol est très dur. Il est impossible de planter les sardines. Un tas d'ordure immonde recouvre le terrain alentour. Il est inutile de rechercher un camping au Maroc pour y planter une tente!!!. Non loin de là, je trouve un hôtel de baroudeur. Le temps de poser le vélo, et de dire au gérant que je reviens dans 2 heures environ, je reparts à pied visiter la ville. Cinq cents mètres plus loin, je suis invité à boire le thé, dans la rue principale. Un mécano, un vendeur de meuble et un artisan boivent le thé, attablés sur le trottoir. Ils m'incitent à les rejoindre et à m'asseoir parmi eux. Le thé est servi et les questions fusent. Ils sont surpris quand je leur dis que je voyage à vélo, seul. Et que mon prochain objectif est de traverser le Haut Atlas sans voiture suiveuse et sans guide. Je reste pratiquement une heure avec eux !! Puis je vais à la banque pour soulager un chouia mon compte !!

Au centre ville, un marocain me tape sur l'épaule. Il a un frère(bucheron) qui habite en France, dans les Cévennes. Ali m'invite à boire le thé chez lui, ou plutôt dans son magasin. Il est artisan.

- allez Ali, montre moi ta caverne !!

- Tiens, regarde mon ami, tu as tout l'artisanat berbère devant toi, des babouches, des tapis, des couvertures, des bijoux, de l'orfèvrerie, des vêtements, des miroirs, des tams tams, des poteries, des ustensiles en marbres (assiettes, cendriers), des sacs, ... des poignards aussi. Il y a tout ce que ti veux, tout. Fais toi plaisir, et fais moi plaisir aussi, mon ami.

- Tout est beau, je crois que je vais tout acheter !!!

Eclats de rire

- Bon écoute Ali, je veux ramener un souvenir. J'ai pas l'intention de l'acheter à Marrakech. Mais peut être ici.

Je lorgne davantage sur les poignards sculptés que sur le reste. Avec son air malicieu, il a tout deviné !!!

- Tiens, regarde ces poignards, ils sont superbes. Ti en penses quoi?

- certes, mais je pense qu' il y a plus joli !!

- Bon, attends mon ami, j'ai ce qu'il te faut.

Il revient un instant après avec un superbe poignard. La crosse est réalisée en corne de Gazelle. La lame est recourbée, en acier et coupante des deux côtés. Le foureau en argent est sculpté, ciselé. Waou !! quelle pièce !! Ali a dû voir mes yeux brillés. Il me décrit chaque cm2 du poignard.

- il te plait celui-là !!!

- il est très beau

- bon alors, fais toi plaisir.

Le marchandage est de rigueur. Tout achat est négocié. Le marchandage fait partie intégrante de la culture du Maroc. Il faut prendre le marchandage comme un jeu. Son art se pratique le sourire aux lèvres autour d'un thé à la menthe. Discuter un prix débouche fréquement sur une conversation cordiale, voire amicale. D'ailleurs un long marchandage ne manquera pas d'ajouter une plus-value de souvenir à l' achat. Nous nous mettons d'accord sur un prix de 1000 dirhams. L'affaire est conclue avec une forte poignée de main. J'ai l'impression qu'il m'écrase tous les doigts !!! Nous buvons un autre verre de thé. Et, Ali empaquette délicatement le poignard.

- voilà mon ami, il est à toi. Tu viens de réaliser une bonne affaire !!!

- Je n'ai pas l'argent sur moi. Il faut que j'aille à la banque.

- pas de problème, on se retrouve au café du centre ville. Souhaites tu autre chose?

- oui Ali, j'aimerai voir la fabrication des tapis. Connais tu des artisans qui pourraient me montrer leur art.

- Pas de problème, je te mènerai dans une petite entreprise familiale. C'est pas loin d'ici.

- ok merci.

Je vais à la banque et je retrouve Ali au café du centre. Il me guide jusqu'à une maison, dans l'ancien quartier juif. Nous sommes accueillis par Damya et Izri.Ali se retire. Mes hôtes m'offre le thé. Je vais finir par me noyer !!! Puis, Damya me montre son travail ancestral. Objet décoratif ou élément nécessaire au confort quotidien, le tapis d'une infine variété, est indissociable de l'intérieur marocain. L'origine des tapis ruraux se perd dans la nuit des temps. La laine des moutons, tondus au mois de mai est triée, lavée et cardée. Un fuseau l'a tranforme en fil. Avant d'être tissé, la laine est teinté puis bouillie dans un bain d'alun. L'alun (du grec als, alos: le sel) est un sulfate double d’aluminium et de potassium. C'est un fixateur de la couleur. Puis la laine est séchée en écheveaux aux claies des ruelles.
L'ourdissage, montage de la chaine sur le métier, est effectué par les femmes. Ensemble, elles tendent successivement les fils de chaine à la verticale, déterminant la longueur, la finesse et l'épaisseur du tapis. Damya passe les fils de trame à la main, rang aprés rang en les tassant à petits coups de peigne en fer. Les couleurs utilisées et les motifs sont transmis de génération en génération, et propre à chaque région. Les tapis sont originellement teints avec des pigments naturels. Les tapis sont décorés de figures géométriques, d'animaux, de personnages et de motifs hétéroclites que l'on retrouve dans les tatouages et les poteries. Izri débale ensuite son stock de tapis, de couvertures.réalisé essentiellement avec de la laine de mouton, de dromadaire, de chèvre mais aussi avec de la fibre végétale réalisée avec du cactus ou de l'alfa. Les tapis sont tissés, noués et (ou) brodés.

- regarde mon ami comme les tapis sont beaux. Ici, tu n'es pas dans une usine. Tout est fait de façon traditionnelle. Nous sommes producteur et vendeur. Il n'y a aucun intermédiaire entre nous. Ti peux pas trouver mieux.

- c'est sûr, c'est de la belle qualité que tu me montres. Ce sera difficile d'amener un tapis sur mon vélo !!

- attends mon ami, j'ai ce qu'il te faut !!!

Il revient quelques minutes plus tard avec un petit tapis très léger.

- regarde, touche, qu'en penses tu?

- Incroyable, cette légèreté et cette finesse. Dis moi, Izri, c'est pas du mouton. C'est fait en quelle matière?

- c'est de la fibre végétale, du cactus.

- il me plait celui là, tu le vends combien ?

-360 dirham

- tu peux baisser un peu ton prix s'il te plait.

- allez pour toi, ce sera 330, d'accord !!

- bon écoute, 300 et n'en parlons plus !!

- bon ok, mon ami, tape là !!

Après une bonne poignée de main et une dernière razade de thé à la menthe, je reparts avec mon tapis. Merci Damya et Izri, bonne journée.

Mes bagages s'alourdissent avant de commencer la trasersée sud nord jusqu'à Imlichil, et, est ouest, d'Imilchil à Demnate. C'est à dire plus de 400 kms de bonheur dans le Haut Atlas. Au sortir de la palmeraie de Tineghir, je découvre les gorges du Todra. Le passage le plus étroit est de 10 mètres de largeur et les falaises verticales atteignent 300 mètres de hauteur. Le ruisseau, qui devient torrent après les orages et à la fonte des neiges, est quasiment à sec. Au coeur des gorges, se trouve un hôtel. Il rejette ses eaux usées dans les gorges. L'onde a perdu sa couleur émeraude. Ce sont des algues vertes qui recouvrent le ruisseau. Des étals, recouverts de produits artisanaux, attendent les touristes. Je continue dans des gorges moins encaissées. Je remonte le Todra, à sec. Je vois un paysage totalement minéral avec quelques palmiers et des lauriers roses dans le lit ou sur les bords du ruisseau. Durant le mois d'octobre 2006, de forts orages ont mis à mal la route goudronnée. Sur plusieurs kms, la moitié de la chaussée est détruite. De ce fait, il y a très peu de touristes qui vont jusqu'à Aïit Hani. Au village de Tamtaouch, je suis invité à trois reprises par des enfants à boire le traditionnel thé. Autour du village, une vaste plaine permet la culture de céréales et de légumes. Deux adolescents m'accompagnent à vélo pendant quelques kms. Je passe un col à plus de 2000 m. J'arrive sur un vaste plateau.

A l'entrée du village de Aït Hani, je suis attiré par une maison blanche. C'est un café, restaurant. Sur la façade, je lis "Au bon accueil". Je rentre et je suis accueilli par Bassou.

- bonjour mon ami, mais d'où viens tu, ou vas tu ?

- Je viens de Tinerir et je vais à Imilchil.

- repose toi un peu. Tu veux manger quelque chose.

- oui, pourquoi pas.

- je te fait une omelette avec des petits pois si tu veux. J'ai pas grand chose.

- ok, merci

- quelques minutes plus tard Bassou m'apporte une poêle, où l'omelette mélangée avec les petits pois, fume encore. Pas d'assiette ni de couvert, mais peu importe, j'ai faim.

- Dis moi Bassou, le col est encore loin de Ait Hani.

- oui, et c'est que de la piste. Je te conseille de rester au village et tu reparts tranquille demain matin.

- je crois que t'as raison. Tu parles très bien le français.

- oh, tu sais j'ai vécu 5 ans en France. Le temps de gagner suffisamment d'argent pour me payer ma maison. J'ai plus de 70 ans maintenant. Je m'occupe avec ce café restaurant. Je me fais aider par mon petit fils.

- y a t-il un gîte au village?

- C'est possible de dormir dans le village, mais, si tu veux, tu peux venir chez moi.

- d'accord, je viens chez toi

- j'appelle mon petit fils et nous allons à la maison. C'est pas loin.

- ok Bassou, prends ton temps.

Il est à peine 13h. Dehors, le soleil cogne. C'est une sage décision de me reposer avant de passer le col à plus de 2700 m d'altitude. Arrivé chez lui, Bassou me montre sa maison.

- entre mon ami, entre. Assis toi. Je reviens.

La pièce est grande. Le sol est recouvert de couvertures. Il y a des coussins, une table basse et un meuble. Bassou arrive avec un plateau sur lequel sont posés des verres, la théière, du pain, une coupelle d'huile et de miel, et du pain.

- servir le thé est une tradition ancestrale pour les berbères. Peux tu me parler de cette coutume.

- le thé à la menthe fait partie intégrante du quotidien. On le boit à toute heure. C'est un signe d'hospitalité au même titre que le lait et les dates. Il est servi accompagné de patisserie, de crèpes ou tout simplement de pain que l'on trempe dans une coupelle d'huile d'olive ou que l'on tartine de beurre ou de miel. Servir du thé, c'est tout un art, tout un cérémonial. Rien n'est laissé au hasard, ni le nombre de verre, ni leur disposition sur le plateau. La préparation revient au plus habile de la famille. Il se fait devant les invités, suivant des rites ancestraux. Assis en tailleur, je remplis d'eau bouillante la théière puis je mets le thé noir qui vient de chine. Les feuilles de menthe sont rincées 2 fois. Le premier verre servi ne contient que du thé. Ce n'est qu'au 2 ème verre que je rajoute la menthe et le sucre. Je laisse infuser. Je verse à nouveau 1 ou 2 verres que je reverse dans la théière afin de bien mélanger le thé. Tout est prêt pour le final!!! Le thé doit être servi de la main droite, la gauche est considérée comme impure. Je le verse de très haut afin d'en exalter l'arome. Le premier verre est confié à un palais confirmé. Si ce dernier se montre insatisfait, le thé est retravaillé. On prend son temps pour boire un verre, 2 verres ou plus. On fait connaisance. On prend des nouvelles de la famille. On traite des affaires. Et quoique qu'il en soit on se quitte comme de grands amis même si l'on a pas fait affaire. Allez mon ami, mange et bois à satiété. Et, repose toi. Demain, tu as une rude journée avec le col et cette piste de caillasse.

- merci bassou, j'apprrécie ton hospitalité.

Après ma petite sieste, nous continuons de parler de sa vie en France et biensûr du Maroc. Le soir, je mange un couscous avec lui. Son épouse mange dans une autre pièce. Je prends des photos en lui promettant de lui les envoyer dès mon retour.

Je me lève dès l'aube. Pas un seul nuage à 'horizon. Tout est calme. Une superbe journée dans le haut Atlas commence. Bassou m'apporte le petit déjeuner. Des galettes, du beurre, du miel et du thé sont engloutis rapidement. J'ai hâte de partir.

- merci Bassou, à bientôt j'espère.

- à bientôt, et sois prudent. La piste est mauvaise après le col.

Je traverse le village. Le soleil éclaire la montagne aux couleurs multicolores. J'arrive à un croisement. Une piste continue à gauche et une autre tout droit. Laquelle !! Je hèle un gamin qui accourt. La piste pour Imilchil, s'il te plait. Je pense qu'il ne comprends rien à part Imilchil. Il me montre la piste qui va tout droit. Choukrane (merci) Répondis je. La chaussée est plutôt caillouteuse. Les premiers kilomètres sont physiques. La pente est parfois sévère. Je croise un camion. Ce sera l'unique véhicule jusqu'à Agoudal. Le paysage est sublime. Tout est minéral avec seulement une herbe rèche dont se nourrisent les chèvres et les moutons. J'escalade le col de Tizi Tirherhouzine qui culmine à 2706 m. J'espère que je vais pouvoir rencontrer des bergers. Après le col, je vois une tente berbère à côté de la piste. C'est idéal pour prendre des photos et se faire inviter !!! A peine arrêté, j'ai même pas le temps de faire la moindre photo.

- salam ali koum, l'ami, viens nous voir. T'as bien un petit moment à passer avec nous !! Je t'offre le thé

- ali koum salam, ok, avec plaisir.

- pose ton vélo là, t'inquiète pas, ça craint rien. On voit pas beaucoup de monde par ici. T'es courageux de grimper le col à vélo. Entre sous la tente, on va parler un peu, mon ami. Tu sais, on voit surtout les touristes en 4x4. Quelques fois, des vélos, mais avec une voiture suiveuse. Des vélos chargés comme toi, non, ils sont très rares. Mais pourquoi, tu prends pas un 4x4 comme tout le monde? T'es pas riche peut être? Et, tu es seul !!! T'as pas d'amis, ni de gazelle !!!

Ali fait les questions et les réponses !! Il vit seul, sous sa tente. Il n'est pas berger. Il ramasse des minéraux dans la montagnes qu'il revend aux touristes de passage. En ce moment, peu de monde passe le col. Juin, c'est la saison creuse. Ali parle un français impeccable. Il a fait des études à l'université. Il aurait pu avoir un bon job à Marrakech ou Ourzazate. Mais il préfère la liberté, la vie au jour le jour dans la montagne. Un adolescent est avec nous. Il est berger.

- Tiens, voilà du thé. Tu dois être fatigué.

- non, ça va pour l'instant.

- tu fais étape à Agoudal ou à Imilchil ce soir.

- je sais pas. Tout dépendra de l'état de la piste.

- la piste est mauvaise jusqu'à Agoudal. Il y a beaucoup de cailloux et d'oued à sec à traverser. Mais, c'est très joli. Si tu veux, il y a un gîte à Agoudal. Je crois que le propriétairel connaît un peu la France.

- merci pour les renseignements et le thé. Puis je vous prendre en photos.

- oui biensûr, et tu me les envoies.

- d'accord

Ali et le jeune berger me regarde partir. La piste est belle, pour l'instant. Mais bientôt la caillasse, annoncée par Ali apparaît. Tout compte fait, j'ai de la chance de descendre le col de ce côté. Trois cavaliers surgissent au galop. Salam !! Salam !! Pas le temps de discuter, ils poursuivent leur chevauchée endiablée. Je suis seul dans la montagne. Je prends tout mon temps. Quelques kms plus loin un filet d'eau coule dans l'oued. De l'herbe pousse sur les bords. Non loin, un berger, aidé de son chien et muni d'un lance pierre, surveille ses moutons. Lorsqu'il me voit, il court vers moi. Je ne comprends rien à son charabia, lui non plus d'ailleurs. Dommage.

Situé à 2300m d'altitude, le village d’Agoudal (le pâturage réservé ) est un village traditionnel berbère qui a su préserver ses traditions et son authenticité. Les habitants, les Ait Brahim, issus d'une fraction des Ait-Hadiddou, vivent au rythme des saisons. Ce village se situe au confluent des vallées du Todra et de Dades. De nombreux autochtones travaillent dans les champs aujourd'hui. C'est la période de la moisson et des semailles. Les terrains cultivés se trouvent essentiellement sur les bords du ruisseau. Il devient un torrent lors des orages. Ce qui provoque de gros dégâts. La récolte est plutôt aléatoire. Ce village me paraît être un havre de paix. C'est une oasis en haute montagne. Arrivé au coeur du village, je déchante vite !! Une trentaine de mômes accourt et m'encercle. Ils me réclament des bonbons, de l'argent. Ils sont très énervés; Il commencent à toucher les sacoches. Les adultes restent pantois. Je hèle l'un d'entre eux. Il vient. Je lui demander de calmer les gosses et de les écarter afin que je puisse partir. Il obtempère, aidé de deux compères. Je suis surpris par cet accueil. J'aurai l'explication à la sortie du village, dans un gîte auberge, où je m'arrête pour faire le plein d'eau et me restaurer.

Ibrahim, un aubergiste, bien sympa, se bat pour ne pas voir arriver le goudron. Certes, il vit du tourisme. Mais, l'arrivée de beaucoup de toursites risque de nuire à la tranquilité du village et aux traditions. Aujourd'hui, les étrangers viennent en 4x4. Certains sèment le trouble !!! En effet, ils jettent n'importe quoi par la fenêtre (bonbons, t shirt, casquettes, etc). Ce sont les enfants qui se précipitent alors pour les ramasser. Lorsque les bambins de 5 à 10 ans voient arriver n'importe quel voyageur, en 4x4, vélo, mini bus, ils se précipitent et demandent des bonbons, des casquettes, de l'argent, etc. Ils deviennent arrogants, indisciplinés, et même agressifs. Ils ne comprennent pas que certains étrangers donnent rien. Ibrahim me dit que c'est devenu un gros problème dans son village et dans une bonne partie de l'Atlas. Il faudrait refaire l'éducation des touristes, des enfants et aussi des parents. Dans un premier temps, si les étrangers veulent donner un présent, il faut qu'ils le laissent à une autorité du village qui fera la distribution aux plus malheureux. Mais surtout, s'il vous plait, ne balancez pas de bonbons. C'est un fléau pour les gamins. Les enfants de 5 à 10 ans vont rarement à l'école dans l'Atlas. Les instituteurs ne sont pas nombreux et de plus ils viennent quand ils veulent. Il n'y a aucun suivi des autorités. Quand aux parents, ils sont très occupés par leur travail quotidien. Ils ne s'occupent guère de leur marmaille. Je pensais faire étape dans ce village, mais, cet accueil m'a refroidi !! Je préfère partir et trouver un autre endroit plus clément. Désolé, Ibrahim.

Encore quelques kms de piste, et je retrouve une chaussée goudronnée jusqu'à Imilchil situé à 2200 m d'altitude. Ce village est une bonne base de départ pour visiter le haut Atlas à pied, tout comme le hameau de Tassent, situé à 23 kms d'Imilchil. Il y a de nombreuses balades à faire. Les lacs de Tislit et Isli, aux eaux émeraudes et miroitantes, sont connus pour leur légende. D’un bout à l’autre de la montagne,Tislit envoyait ces vers célèbres à son amoureux qui y répondait. Un an auparavant , les deux jeunes se sont rencontrés , se sont aimés de toutes leurs forces .Mais pour leur malheur , ils appartenaient à deux groupes devenus rivaux pour une affaire que l’histoire n’a pas retenu . Le mariage leur étaient donc impossible Ainsi commença leur calvaire. Pour venir à bout de la bêtise humaine , ils commencèrent une grève de la faim arrosée par leurs larmes . Après quelques temps, la faim, la soif , la tristesse et l’incompréhension eurent raison de leur corps périssables. Le deuil enveloppa la région. C’est alors qu’un miracle vint rappeler aux hommes leur cruauté : aux deux endroits où les deux jeunes sont morts , deux lacs se formèrent de leurs larmes. Depuis , l’un porte le nom d’Isli , l’autre celui de Tislit ( le mari et la mariée en Tamazight ). Secoués par la douleur et le miracle , les sages des deux tribus prirent une décision historique : « dorénavant , aucun obstacle d’aucune sorte ne viendra entraver l’amour. Même en temps de guerre, les amoureux seront libres de circuler dans les territoires adverses, de s’y marier s’ils le désirent. Pour ne pas oublier cette tragédie, et, afin de raviver le pacte et le traduire dans la pratique , on décida de tenir un festival annuel à mi chemin entre les deux endroits du drame : entre les deux lacs : Isli et tislit. Un festival appelé par les habitants « Agdud » ou la fête des fiançailles se tient depuis les temps les plus reculés . Chaque années en Septembre , les couples qui se sont formés pendant l’année, viennent officialiser leur union par le passage devant « Agraw » ( la jmaâ ) par la formule rituelle : « je t’aime » . C’est là également que seront prononcés les divorces qui auront été décidé d’un commun accord .
Ainsi , ici , on laisse toute une année à la décision cruciale : celle de s’unir ou de se séparer.

J'ai à peine fait 23 kms que je décide de m'arrêter. Je suis à 1800 m d'altitude. Je vois une maisonnette avec un écriteau : L'Ile aux Trésors, gîte, restaurant, camping. Je suis accueilli par le garde, un chien. Le gérant arrive et m'invite à m'asseoir. Il est à peine 10 heures. Quelques minutes plus tard nous buvons le traditionnel thé et nous faisons connaissance.

- dis mois Mustafa, pourquoi as tu appelé ton gîte, l'Ile au trésor.

- regarde autour de toi. Il n'y a que de la verdure, des champs cultivés, des arbres. Un ruisseau qui coule toute l'année, permet l'irrigation. Et tout autour, c'est aride. De plus, dans ce hameau, tu vois seulement 3 ou 4 maisons. C'est tranquille. Tu peux te reposer ou te balader en montagne. Tu restes ici, le temps que tu veux. Tu est le bienvenu.

- merci Mustafa, ton Ile aux Trésor me plait. Je vais rester ici toute la journée.

- ok, tu veux manger quoi pour midi ?

- peu importe

- ok, on mangera un tajine berbère. Repose toi, je reviens dans un instant.

C'est vraiment le paradis ici. Après, le déjeuner, je vais me balader et prendre quelques photos. La rivière alimentent des canaux d'irrigation. Je croise un agriculteur, la bêche à l'épaule. Il entretient les canaux.

- salam ali koum

- ali koum salam

- ti manges le thé, toi !!!

- euh... oui

Il me fait signe d'attendre et qu'il revient de suite. Un quart d'heure plus tard, je le vois arriver avec un plateau où sont posés la théière, des verres, un oeuf au plat dans une petite poêle et du pain. Nous nous asseyons à l'ombre et nous dégustons. Il est accompagné de son jeune fils. Avec sa permission, je prends des photos. Il me fait signe de le suivre. Non loin de là, son épouse coupe le foin à la serpe. Re photos.

Retour chez Mustafa. Il m'attendait. Je lui explique que j'ai rencontré un de ces voisins, Said.

- j'ai pris des photo. Je te les enverrai.

- d'accord, je les donnerai à Said. Tu viens, je te montre mon Ile au Trésor.

- oui, j'arrive.

- regarde, toutes ces montagnes autour de toi. Tassent, c'est le départ pour de belles balades. J'ai encore beaucoup de travaux à faire pour le gîte. Il n'y a pas d'électricité dans le hameau. Je peux en avoir grâce à des panneaux solaires branchés sur des batteries. Je voudrai l'agrandir, mettre des douches chaudes, l'eau courante. Mais je manque d'argent. Peu de touristes s'arrêtent ici. Tassent est méconnu. Avec mon épouse, Khadija, nous pouvons recevoir des groupes, faire à manger, servir de guide tout près d'ici ou dans l'Atlas. Je suis optimiste. Je suis persuadé que notre affaire marchera.

- oui, je crois aussi. Avec de l'argent, de la patience, beaucoup de travail, un peu de chance et des touristes, tu réussiras!!.

- où vas tu demain?

- Je vais à Tagzout et je pense m'arrêter à Tasrat.

- Passe ton chemin à Tasrat. Les enfants sont belliqueux, agressifs. Je vais te donner une adresse d'un ami qui habite juste après le village. Il t'accueillera pour la nuit. Il vaut mieux, je pense.

- bon ok, merci pour les conseils

Le lendemain, je laisse Khadija et Mustafa dans leur île aux trésors. Je commence la traversée est ouest du Haut Atlas. Je franchis un premier col à 2000 m au bout de 4 kms. La piste est étroite, caillouteuse, avec quelques pentes sévères au début. Au bout de 7 kms, j'arrive à une source. Une femme fait le plein de quelques bidons en plastiques. Mais d'où vient elle? Je ne vois pas de maisons à plusieurs kms à la ronde. Elle n'a pas de moyens de locomotion. Je m'approche. Elle a peur !!! Elle recule de plusieurs mètres. Je fais le plein d'eau et je reparts illico presto afin de la rassurer. Un peu plus loin, je croise un homme à pied. Je m'arrête pour lui demander si je suis bien sur la piste qui va à Tagzout. Apparemment, il ne comprend que Tagzout et acquiesce de la tête. La piste est bonne. Je ne vois aucune marque de pneu sur le chemin. Je suis seul au milieu des montagnes multicolores. Je traverse un hameau et un village avant de descendre dans le lit d'une rivière. La piste est affreuse. Je dois pousser le vélo. La piste suit la rivière. Je dois la traverser plusieurs fois. Les deux premières fois, je peux mettre les pieds sur des cailloux. Mais, au 3ème passage, je prends un bain de pied, le vélo est carrément couché dans la rivière. Heureusement, l'eau est basse et les sacoches étanches sont très efficaces. Aller, encore un passage à gué, et, le villlage de Tagzout apparaît sur une crête.

Des enfants viennent à ma rencontre et me demande évidemment des bonbons. Je leur dis seulement "salam". Je fais semblant de ne pas comprendre. A l'entrée du village, une fontaine me permet de faire le plein et de me débarbouiller. Un adolescent approche et m'invite à boire le thé chez lui. J'hésite, mais j'accepte quand même. Les mômes nous suivent. Aziz, l'ado, demande aux gamins de partir. Nous arrivons à sa maison. Les godasses crotteuses, je préfère rester sur le pas de la porte. Il revient quelques minutes plus tard avec un plateau et biensûr, le thé, le pain et un oeuf au plat.

- mange mon ami, mange. T'es fatigué!!!

- non ça va, pour l'instant. Mais la piste est pas facile par ici.

- oui, pas facile

- tu apprends le français à l'école.

- oui, mais difficile

Et, il sort un petit carnet avec quelques anotations en français. Pendant ce temps, ces frères et soeurs arrivent. Leurs parents travaillent aux champs. C'est le moment des récoltes de l'orge.

Sept kilomètres me séparent du prochain village, Tasraft. La piste suit l'oued, partiellement à sec.Elle est impraticable par endroit. Je roule parfois sur un sentier étroit, fréquenté par les ânes, les mules et leurs maîtres. Le ciel est de plus en plus nuageux. Juste avant le village, j'aperçois un enfant qui court vers moi. Et, il me menace de son lance pierres. Il veut absolument que je m'arrête. Mais je continue. Soudain, la pierre jaillit et atterrit quelques mêtres devant moi. J'en profite pour sprinter avant qu'il ne recharge. Mustafa avait raison. Il faut que je me méfie des chenapans des environs. Au village, un adulte me protège des velléités des bambins. J'en profite pour lui demander où se trouve la maison de Ahoussain, l'ami de Mustafa. Quelqu'un m'accompagne. Ahoussain m'accueille. Nous buvons le thé à la menthe. Il ne parle pas français. Mais des voisins viennent voir l'étranger et servent d'interprète. Je parle de mon voyage et de la France. Quelques uns rêvent de venir travailler en Europe. Ahoussain souhaite que je reste 5 jours, jusqu'au prochain souk, le marché hebdomadaire. Dehors, des gros nuages noirs auréolent les montagnes. Le soir, nous mangeons un délicieux tajine arrosé du traditionnel thé.

Ce matin, le ciel est encore chargé. J'ai à peine le temps de me préparer et de dire aurevoir à la famille d'Ahoussain, que le soleil jaillit derrière les montagnes. Je traverse des pâturages, à plus de 2000 mètres d'altitude, où paissent des vaches, des moutons et des chevaux. Les bergers campent dans des tentes berbères. La piste devient de plus en plus caillouteuse. Je franchis un col à 2500 m et la descente de 12 kms me permet de voir de superbes panoramas. En face, le djebel Mourik, 3243 m, en forme de fer à cheval, domine la vallée de l'Assif Meloul (1500 m). L'Assif Melloul, la "rivière blanche", arrose les cultures par seguias interposées, avant d'éviter l'obstacle Mourik en trouvant la faille à l'Ouest dans des gorges magnifiques. A cette altitude, on trouve encore les noyers, les amandiers, les pêchers, les pommiers, et, les bonnes années, des récoltes suffisantes de blé, orge, maïs et divers légumes. L' habitat y est dispersé, toujours construit sur les pentes, autant pour une protection indispensable contre les crues que par l'éxigence vitale de réserver aux cultures le moindre arpent irrigable.Des petits hameaux, de nombreuses maisons individuelles éparses et les greniers fortifiés familiaux, forment la commune d'Anergui. Les. hauts plateaux des alentours offrent encore aux éleveurs, un vaste mais rude domaine de transhumance estivale. Anergui est un village idéal pour découvrir les montagnes alentours. Des gîtes accueillent les touristes.

 

Les gorges de l'Assif Meloul, c'est 36 kms de bonheur parmi les senteurs de pin d'Alep, de cactus (euphorbe cactoïde et épineuse), de lauriers roses et de chènes verts mediterranéens. L'eau, couleur émeraude, est d'une pureté extraordinaire. Je vois quelques singes magos. Il n'est pas facile de les prendre en photos. Ils sautent de rochers en rochers sur la falaise. Ils passent quasiment inaperçu. Ils sont petits et leur couleur se confond avec la roche. Impossible de prendre la moindre photo, tant pis. Je les vois heureux. Ils sont très malins et ne se laissent pas facilement approchés. Ils sont en voie de disparition, chassés par certains qui font d'eux, des esclaves de cirque. Il suffit d'aller sur la place Jma el fna à Marakech et de voir ces petits mamifères avec une chaine autour du coup. Leurs maîtres leur donnent un coup sur la tête pour qu'ils fassent une pirouette devant les touristes.

A 15 kilomètres de Tillouguitte, entre Ouaouizerht et Anergui, majestueuse sur son piedestal aux senteurs de thym, d'armoise et de pins d'Alep, Amsfrane, la "Cathédrale", domine l'assif Ahensal de ses 1872 mètres. La piste, large, roulante, abrupte, traverse des forêts de pins d'Alep. Au fil des kms, un paysage de hautes montagnes réapparaît. Les sommets arides dominent des vallées d'altitude où coule l'oued. Des cultures de blé et d'orge poussent le long de la rivière. Les hameaux sont blottis en dehors des plantations. Je fais étape au village de Amezraï (altitude 1600 m), à quelques kms de Zawyat Ahansal, chez Youssef. Il me fait visiter le grenier collectif fortifié que l'on nomme agadir. Il est le témoin de l'état de guérilla quasi permanent qui existait entre les tribus nomades en quête de paturage et les sédentaires. Souvent perché, pour mieux dominé l'assaillant. C'est le symbole économique de la tribu. Il renfermait autrefois toute les richesses. récolte, laine, sucre, vaisselle. Ainsi protégé des pillards, munis de tours de guets, il évoque une robuste petite kasba. Les villageois y trouvaient refuge en cas de danger. Un logement est destiné au gardien. Des citernes recueillent des eaux pluviales. Des échelles, de simples troncs taillés relient les étages. Chaque famille dispose encore aujourd'hui d'un casier fermé pour engranger ses récoltes.

Je parts de bonne heure pour gravir l'un des plus beaux cols de mon périple. Je gravis le Tizi n Llissi, 2600m. La piste est très belle. J'ai tout le loisir d'apprécier le paysage alentour. Je fais de nombreux arrêts. Le paysage est de plus en plus désertique. Après le col, j'aperçois une forêt squelette. Le surpaturage a entrainé une forte érosion qui limite les possibilités de régénération et parfois même de survie des arbres adultes. L'homme a sur exploité le génévrier qui est un arbre à croissance lente. Le genévrier thurifère au tronc noueux présente des feuilles à écailles, des fruits bleuatres a une odeur forte. C'est la dernière essence que l'on peut trouver à plus de 3000 m. Les forêts sont en régression. Les moutons mangent les feuilles. Les arbres agonisent, pétrifiés.

Je n'ai guère envie de passer le prochain col à plus de 2700 m dans la foulée. Je décide de m'arrêter au lieu dit "Souq el Tleta, entre les 2 cols, à 2350 m. Il n'y a que quelques maisons et le café Talmaste. Je demande donc l'hospitalité et 10 secondes plus tard, je bois le premier thé de la journée. Il est à peine 10 heures. Vers midi, je mange avec le tenancier et un de ses amis. Il a préparé une grosse assiette de concombres, d'oignons et de tomates. Nous mangeons dans le même plat, sans fourchette. Nous dégustons avec les doitgs, aidés d'un morceau de pain. Lorsque l'on mange ainsi pour la première fois avec des marocains, on se sent un peu embarrassé !! Comment vais je m'y prendre. Il suffit de regarder et de prendre une leçon !!! C'est facile, enfin presque !! L'index et le majeur maintiennent le pain et poussent les aliments, puis avec le pouce, il faut coller la nourriture contre le pain. Mais quelle pression exercer sur le pain ? Pas trop sinon les légumes partent en purée irrécupérable, mais assez quand même pour l'adhérer au pain… Un vrai casse-tête parfois !! surtout avec des petits pois !! Après ce repas frugal, je pars me balader à pied. C'est un paysage désertique de haute montagne. Quelques arbustes rabougris tentent de survivre. Des moutons et des chèvres paissent. Mais que mangent ils ? L'herbe est plutôt rare et les feuilles des genévriers deviennent rares aussi. J'ai la surprise de voir des dromadaires à plus de 2500 m d'altitude. De retour au café, je bois un thé. C'est un endroit très fréquenté. Tous s'arrêtent ici pour se restaurer, discuter, attendre un mini bus. C'est un défilé continu. Mais, je ne vois aucun touriste. Le soir, je suis invité par mes hôtes à dîner avec eux. Lhana a préparé un plat unique, un tajine. J'ai faim !!! Et, je ne me fais pas prier pour engloutir ce met traditionnel. Lhana a les mains et les pieds tatoués au henné. A la ville comme à la campagne, pour se faire belle, les marocaines se fient à la nature : une pincée d'antimoine pour les yeux, une poignée d'argile pour les cheveux, quelques feuilles de henné pour le maquillage du visage, des mains et des pieds sans oublier les bijoux en argent. Le henné éloigne les mauvais génies, favorise la baraka, assure bonheur et santé. Les mains et les pieds gardent leur dentelles environ 15 jours. Je demande à Lhana la permission de prendre ses mains en photos. Elle acquiesce volontier, avec l'accord de son époux. clic, clac. Je leurs promets d'envoyer les photos dès mon retour au bercail.

Le col de Tizi n Tsalli n Limenaïn, 2763 m, n'est pas trop raide. Une petite descente, et, un autre col, le Tizin Tirghis, 2629 m, m'offre des paysages remarquables avec en toile de fond une vue panoramique sur le M'goun, 4088 m. Passé le col, la magnifique vallée Aïtt Bouguemez se dévoile. Cette vallée présente une succession de cultures et de vergers irriguées qui
égaient l'austérité des montagnes alentours. Les agriculteurs, dont les villages étaient autrefois fortifiés à cause des
nombreux conflits, dominent l'oasis. Ils cultivent leur terrasses selon un rythme saisonnier ancestral : labour d'automne et
semailles, réfection du réseau d'irrigation à la fin de l'hiver, moisson au début de l'été, suivie du battage avec les animaux et second semis de maïs, récolte de fruits et seconde moisson au début de l'automne. Aux abords des villages se trouvent les aires de battages. Le battage du blé se fait par piétinement des chevaux, des mules, des anes ou des vaches. Puis quand la brise est favorable, la paille et le grain sont séparés avec une fourche. Le grain retombe sur place et la paille, portée par le vent, s'envole. C'est le vannage.

Je m'arrête à Tabant, 1865 m d'altitude, pendant 3 jours. Je trouve un gîte au coeur du village. Ce sera idéal pour voir le quotidien des autochtones. Je ne passe pas inaperçu dans le village. Pas un seul touriste en vu !! Je prends mes repères, car demain, c'est le souq hebdomadaire.

Le souq, c'est un immense marché où l'on trouve de tout. C'est aussi un lieu de rencontre où l'on prend connaissance des dernières nouvelles des villages alentours et du royaume. D'autre part de nombreux services sont proposés : réparateur de radio, coiffeur, photographe, écrivain public, arracheur de dent, forge. En fait tout les corps de métier ou presque sont représentés. Et, l'on en profite pour régler les petits soucis administratifs. Le souq, c'est un puzzle de toile ambulante avec ses quartiers, ses allées, ses vendeurs, ses artisans, ses acheteurs, ses badauds. C'est une file incessante de piétons, de cavaliers dans une ambiance calme et parfois bruyante mais sans agitation, sans stress, où l'on papaute longuement de tout et de rien, où la loi de rigueur est celle du marchandage, où l'on partage un verre de thé avec des beignets. On prend du plaisir à se balader dans ce dédale de ruelles mercantiles enrubanées de toile. Le souq, c'est une féerie de couleur et d'odeur. C'est un cérémonial ancestral qui ne demande qu'à perdurer pour l'éternité. Le souq , c'est un grand moment hebdomadaire, dont chaque seconde est vécue sereinement. Ivre de senteurs, de la fumée des barbecues, de poussiére, de musique, du brouhaha, il est temps de partir avec les sacs gorgés de fruits, de légumes, de céréales, et autres produits manufacturés tout en se donnant rendez vous pour la semaine suivante. Bref, le souq, c'est le souq.

A 1800 m d'altitude, la vallée d'Aït Bouguemez est un paradis pour les cigognes. La cigogne, oiseau de bonne augure est entourée de diverses légendes attestant ses rapports étroits avec l'homme. La présence d'un nid sur une maison est considérée comme bénéfique. D'autres affirment que l'oiseau, lors de sa migration, effectue un pélerinage à la mecque. On raconte aussi que à l'origine, il y avait un roi farceur , qui aurait savonné l'accès à son trone pour mieux se moquer de ses sujets venus lui rendre visite. Pour le punir d'avoir tant ri des chûtes ainsi provoquées, DIEU l'aurait métamorphosé en cigogne. La majesté de son plumage serait le signe de sa grandeur passée.

Au cœur du Maroc, là où l’on dit que la montagne est reine dans un Royaume de beauté, là où l’eau des hautes vallées vient féconder les terres fertiles et les sols assoiffés de la plaine, se trouve donc l’une des plus belles vallée du pays. La vallée Aît Bouguemez est aussi connu pour ses empreintes de dinosaures. A l’ère secondaire, l’Atlantique n’existait pas. L’Afrique du Nord et l’Amérique se trouvaient alors soudées en un supercontinent. Il y a quelques 180 millions d’années, l’Atlas était une zone basse, humide et verdoyante. Le gisement fossilifère se situe dans des couches continentales du Jurassique inférieur datées de cet âge. C’est une période dont on connaît mal les faunes terrestres en raison de l’importance des transgressions marines. Le Haut Atlas constitue un cas exceptionnel d’accès à des niveaux continentaux qui n’existent pratiquement pas ailleurs dans le monde. Le M’Goun est un peu le cimetière des Dinosaures. Il y a temps à dire sur eux que je vous invite à faire vos propres recherches sur le net, si le coeur vous en dit!!! Lorsque j'ai vu ces empreintes, j'ai essayé d'imaginer la vie des animaux dans une nature luxuriante à jamais révolue.

Alors que je suis en quête d'autres empreintes, que je ne trouve pas, dans le hameau de N Ouzrou; un berbère me demande si je cherche quelque chose. Je le suis jusqu'à une cour recouverte de dalles. Les traces sont là, recouvertes d'épis de blé qui sèchent. Puis Ali m'invite à boire le thé. Il parle peu le français, mais on arrive à se comprendre. Je fais la connaisance de ses deux jeunes enfants qui jouent rapidement avec l'étranger. La pièce principale est recouverte de tapis, de quelques coussins et d'une petite armoire bringuebalante. Ali apporte une table basse et le thé avec du pain, de l'huile, du beurre et du miel. En fait, c'est le petit dej à 11 heures !!!

- mange mon ami, mange

- si ti veux, on peut aller voir la campagne, et après on revient.

- ok Ali, je te suis.

Nous marchons pendant une heure. Il me montre les champs cultivés, les arbres fruitiers. Il est content de vivre ici. C'est le paradis me dit il. De retour, à sa demeure, je constate avec surprise que je ne suis pas le seul invité !! La salle est pleine. Un adolescent de 16 ans, m'explique que c'est la fête ici. C'est un grand jour pour un de fils d'Ali. En fait, je pense que c'est un grand jour pour la famille et les invités, mais pas spécialement pour le bambin qui a 3 ans. C'est aujourd'hui qu'a lieu sa circoncision. Mais avant, il faut manger un repas gargantuesque, enfin pour moi !! . Il n'y a que des hommes dans la pièce. Les femmes sont dans la cuisine. Hamed, l'ado, me décrit les convives. Il y a l'Imam, des notables du villages, des amis et le chirurgien. Des petites tables sont disposées dans la salle de réception. Nous sommes assis en tailleurs par groupe de 4 ou 5. Nous mangeons tout d'abord un plat de tajine. Biensûr, il n'y a pas de fourchette et nous mangeons dans le même plat. L'Imam prend un malin plaisir à pousser avec son pain, les meilleurs morceaux de viande, vers moi. Et, de peur que je ne comprenne pas sa manoeuvre, il me fait signe de manger ses pièces de choix et appelle mon jeune interprète pour me traduire son état d'âme. Je suis fort honoré par son attention toute particulière. Et, malgré moi (je ne suis pas trop carnassier), j'ingurgite ces morceaux de mouton. Un petit thé pour faire glisser tout ça et l'on passe aux choses sérieuses !!! C'est un énorme plat de couscous que nous devons avaler !!!! Oups, mon estomac commence à rouspéter. Afin de ne pas trop me faire remarquer par l'Imam et Ali, je grignotte en poussant deci delà la nourriture avec le pain, vers les autres. Ouf, un notable est rassasié et décline l'invitation express d'Ali de continuer le repas. Trois secondes plus tard, j'en fais de même. J'en peux plus !! je crois que je vais exploser !!

Le chirurgien nettoie ses ciseaux. Il me dit que la circoncision releve plus du rituel que du religieux. Elle demeure une protection contre des infections et certaines tumeurs. Tout est prêt; les invités demeurent dans la salle, sauf les enfants et le père du bambin. Un adulte empoigne le garçonnet de telle façon qu'il ne pourra pas bouger le moindre petit doigt. Pendant des minutes qui me semblent interminables, je l'entends crier et pleurer de toute ses petites forces. Le pansement mis, l'adulte amène l'enfant à sa maman qui le dorlotte immédiatement. Ali revient et me demande si je peux prendre en photos sa famille. J'acquiesce. Ali et son épouse ont trois fils dont le dernier est né la semaine dernière. Mon interprète me signale qu'ils font la fête depuis une semaine. C'est plus de 300 convives qui sont venus mangés !!!! Tout le monde est partit à part mon interprète et Ali. Ce dernier veut absolument me revoir avant que je rentre en France. Nous nous donnons rendez vous à Azilal.

Après Tabant, la route est goudronnée. Je roule sur du billard pendant quelques kilomètres. Puis une piste caillouteuse m'attend. Elle descend jusqu'à l'altitude 1460. Le prochain col se trouve 1000 mètres plus haut. Jusqu'au village d'Abachkou, le chemin est assez roulant. Mais après, c'est plutôt galère. Heureusement, le paysage multicolores est splendide. Je dois faire les 300 derniers mètres de dénivellé à pied, poussant et tirant le vélo dans la pierraille et le sable. Le col Tizi N'Tirguist, 2400 m d'altitude, dans le jebel Ghat, est renommé pour les gravures rupestres qui ornent de belles dalles de grès. Le site témoigne du séjour en ces lieux d'hommes préhistoriques, originaires du Sahara alors en voie de désertification. Les gravures sont incisées dans des blocs de grés et polies. Elles représentent toutes sortes d'animaux, des armes, des figures géométriqes et des êtres humains. Il y a 3000 à 4000 ans avant Jésus Christ, le sud du maroc était une savane riche avec des lacs poissonneux où vivaient une multitude d'animaux comme l'antilope, l'autruche, le lion, l'éléphant.
Ces gravures restent un témoignage vivant de ce temps révolu.

La descente jusqu'au village de Tarbat (2113 m d'altitude) est du même acabit que la montée. Il est 16 heures. Je n'ai guère envie d'aller plus loin. Je m'arrête donc à côté de la dernière maison du village et j'attends. Quelques minutes plus tard, une femme vient voir cet étranger qui a stoppé sa mmonture devant sa porte. Elle ne comprend pas mon charabia et je ne comprends pas le sien. Mais peut importe, elle va chercher son fils qui baragouine un peu le français.

- bonjour

- bonjour, ti veux quelque chose

- puis je avoir de l'eau s'il te plait?

- oui, biensûr, donne moi tes bidons.

Il revient un instant après et il me propose de boire le thé. Je m'empresse d'accepter.

- d'où viens tu l'ami

- de Tabant, vallée Aît Bouguemez

- Pas facile la piste, tu dois être fatigué !! Bois le thé et mange du pain avec le beurre et l'huile.

- merci, tu es sympa.

- ti penses aller où ce soir?

- Je pensais rester dans ce village. Y a t-il un gîte, ou un hotel ?

- non, rien. jamais de touristes par ici. Ils ne font que passer avec leur 4x4.

- peut être pourrais je planter ma tente à quelque part?

- non c'est pas possible, il n'y a pas d'endroit pour ça. Mais attends.

Il part et reviens quelques minutes plus tard.

- ti peux rester ici, si ti veux. Ti vas dormir dans cette piece. Ti dois ti reposer.

- je te remercie pour ton hospitalité.

Je rentre le vélo dans un couloir, enlève les sacoches. Je donne 2 kilos de pommes de terre et des tomates à sa maman. J'avais prévu un peu de nourriture au cas où je devais dormir dans la montagne. Et nous allons marcher sur les hauteurs du village. Le panorama est splendide au coucher du soleil. C'est un patchwork de couleur avec les montagnes culminant à plus de 3700 m, les cultures de blé et d'orge, les maisons en pisées.

Il est temps de rentrer. Le tajine est prêt. Apparemment, c'est la première fois qu'un étranger est invité !!! Toute la famille s'attable autour d'un plat unique. Quand à l'étranger, il mangera dans une autre assiette, avec une cuillère. La vie est dure à plus de 2000 m d'altitude. Il n'y a pas grand chose à faire, à part travailler au quotidien pour subvenir à ses besoins. Les mois d'hiver sont longs. A l'intérieur des maisons, il y a le strict nécessaire. Dans la salle principale, il y a une petite table basse, des tapis, des coussins. Il n'y a pas de vitres aux petites fenêtres, mais seulement des barreaux en fer forgé et des volets en bois. Il n'y a pas d'électricité, ni d'eau courante. Le surplus des récoltes est vendu au souq hebdomadaire. La vie en montagne n'est pas une sinécure.

La traversée de l'Atlas se termine. Encore un petit col de 2000 m, et la piste, en mauvais état, descend en direction de Demnate. Les ornières ne me permettent pas de rouler vite. Il vaut mieux passer ici par temps sec. Par temps pluvieux, la gadoue de cette terre glaise doit rendre le chemin impraticable.

Je retrouve Ali à Azizal. Nous passons une bonne partie de la journée ensemble. Il connait tout le monde. Je fais la connaissance notamment d'un guide qui me parle des treks qu'il est possible de faire dans l'Atlas. C'est très intéressant pour un futur projet qui serait de traverser l'Atlas d'ouest en est en 21 jours, à pied.

Je ne peux pas parrtit du Maroc, sans aller voir la plus belle cascade du pays, Ouzoud. Je suis un peu déçu par les lieux très touristiques. Les touristes marocains et étrangers sont trop nombreux pour moi. Ok, les cascades sont belles, sans plus.

Marakech et sa fameuse place Jma el Fna ont un attrait particulier pour les voyageurs et pour les marocains. La place dont le nom se traduit par : réunion des trépasés, servait de lieu d'execution publique. On y exposait à l'occasion, les têtes des supliciées. C'est en fait un gigantesque théatre en plein air qui offre un spectacle permanent. C'est le coeur battant de la ville.
Du matin jusque tard dans la soirée, la foule badaude y déambule entre marchands d'amulettes, danseurs, acrobates, conteurs, récitals de musique, sketchs comiques, cascades, danses, dresseurs de singes, charmeurs de serpents, mangeurs de verre ou des cracheurs de feu. Sur la place, on aperçoit aussi des diseurs de bonne aventure, astrologues, numérologues et prêcheurs, dentistes, apothicaires traditionnels ou tatoueurs au henné. Il faut se plonger dans la mêlée, se rafraîchir d'une orange pressée, écouter un bonimenteur vanter un remède miracle et vibrer devant un musicien gnaoua frappant son tambourin pour vivre pleinement l’endroit, au demeurant unique. C'est presque un acte initiatique de bain de foule. Fantastique jeux de rôles d'ombre et de lumières. Faux semblants et pièges sophistiqués à touristes.
L'objectif d'un appareil photo agît comme un appât."ti fait photo, ti donne ce que ti veux !"... sauf que j'ai oublié mon semi remorque de dirhams. Cette foule bigarrée, qui fascine et impressionne appartient au quotidien de cette place, déclarée en 2001 par l'Unesco chef-d'œuvre du patrimoine oral de l'humanité. A la nuit tombée, Une bonne partie de l'esplanade est envahie par des échoppes ambulantes de restaurants en plein air où l'on peut déguster pour un prix modique toutes les spécialités locales, et à la lueur de lampes acétylène, une épaisse fumée est signe de promesse de brochettes de mouton ou d'abats, d'escargots bouillis ou encore une épaisse soupe de lentilles que l'on sert brulante dans des bols, sans oublier, les grillades, les tajines, les pastillas et couscous ou les beignets baignant dans l'huile.
Tout cet univers hétéroclite qui fait Jemma-el-Fna, et qui fait, que l'on y revient.
Jemma el fna est une sansue. Elle ne vous lachera pas si facilement. Ce tournis épuisant, magique, mystérieux et envoutant, fait virer les têtes. La plus célèbre place d'Afrique bouillonne de sa vie nocturne.
Aller, une petite cigarette pour clore la soirée !!! Histoire d'entrevoir une voie lactée hors du commun et de rêver d'être dans le pays des mille et une nuits.