Mai 1993

LE PEROU ? ? C'EST LE PEROU!!!​

Sa réputation n'est plus à faire. Le Sentier Lumineux, les narcos et les vols dissuadent depuis quelques années un grand nombre de touristes de parcourir le Pérou. L'économie touristique a chuté de 50 % durant ces cinq dernières années. Monsieur Fujumori, Président de la République depuis trois ans, combat avec vigueur l'inflation, la corruption et le terrorisme. Celui-ci a nettement régressé avec l'arrestation des deux principaux leaders. Cependant, il demeure quelques zones à risques avec Lima, la région d'Ayacucho et une partie de la Selva (Amazonie). De ce fait, nous avons dû faire le trajet Lima - Cuzco en avion.

Si en passant la frontière Equateur - Pérou, nous étions plutôt réservés sur l'accueil des péruviens, nous changeons d'avis dès les premiers jours. En effet, à plusieurs reprises, nous demandons l'hébergement chez l'habitant. Il ne refuse jamais. C'est l'occasion pour lui de nous parler de ses problèmes. Pauvreté, sous développement, hygiène de vie, il semble très affecté de l'image de terroriste, de voleur et de narco-trafiquant que donnent les médias mondiaux. Si c'est le fait d'une minorité, la pluspart des péruviens accueille avec sympathie et chaleur humaine l'étranger.Comme nous, des touristes découvrent cette généreuse hospitalité. C'est le cas de ce Suisse qui relie Quito à Lima à VTT et de Tsuyoshi, ce jeune Japonais de 25 ans, qui réalise un tour du monde en cinq ans avec pour seul compagnon de route, son vélo. Son but est de visiter plus de cent pays. Parti d'Alaska en Avril 1992, nos routes se joignent entre Huaraz et Lima. Nous espérons nous revoir d'ici la Terre de Feu, et bien sûr, lui servir de guide lors de son passage en France. Amoureux de la montagne, il n'est pas étonnant que nous nous rencontrions à Huaraz entre les cordillères blanche et noire.Nous quittons la côte Pacifique pour franchir la cordillère noire par le col de Punta Callan culminant à 4 200 m. A son sommet, la cordillère blanche apparaît dans toute sa splendeur. Elle s'étale sur 170 kms. On dénombre une centaine de pics à plus de 5 400 m dont 33 dépassent les 6 000 m. Aprés 120 kms de pistes, nous arrivons à Huaraz, le fief de l'Andinisme. Nous laissons les vélos au repos pour quelques jours et nous décidons d'aller voir de plus près deux des plus majestueux massifs andins. Deux jours de marche au départ de la laguna de Llanganuco nous permettent d'apprécier les sommets du Huandoy et du Huascaran dont les pics pointent à 6 400 et 6 768 m.La montagne n'est pas le seul attrait du Pérou qui offre aux amoureux d'archéologie de nombreux sites pré-incas. Du IVème au XIVème, les Mochicas, les Tiahuanaco-Huari et les Chimus se sont succédés à Chan Chan, leur capitale. Peuples de pêcheurs et d'agriculteurs, ils laissent un héritage conséquent à l'aube du XXIème siècle. Les poteries, les bijoux en or, les sépultures, les ustensiles de la vie quotidienne, les armes et les ruines de toutes sortes nous permettent de comprendre leurs civilisations. Privés d'eau par les Incas, les Chimus ont dû se soumettre au bout de dix ans de siège.L'empire Inca vit le jour 1 200 ans après Jésus Christ et connut son apogée de 1438 à 1532. Pizarro s'empara d'un territoire allant du sud de la Colombie jusqu'au centre du Chili. Les espagnols détruisirent tous les temples, forteresses et villages. Ils s'emparèrent de la richesse Inca. Tout l'or et l'argent fondu se retrouvèrent en Europe. De nos jours, les traditions Incas subsistent. Forcés de se convertir à la religion catholique, les amérindiens l'ont adaptée à leurs croyances. C'est ainsi par exemple que le Dieu Inti (soleil) correspond à Jésus Christ et la Pachama (terre mère) à la Vierge Marie. L'artisanat, la musique, les chants, les danses, les coutumes quotidiennes, Cuzco la capitale Inca et les ruines des anciens temples alentours laissent un témoignage vivant. Dans la vallée sacrée de l'Urubamba, haut lieu historique, nous avons découvert de nombreux sites tels que le Machu Pichu. Accessible uniquement par voie ferrée, nous partageons pendant quatre heures la vie des voyageurs andins. Nous partons de Cuzco à 6h30. Brinquebalant, nous fonçons à 30 km/h. Dans le wagon, des troubadours nous octroient un spectacle permanent. Les vendeurs de gâteaux, de café, de journaux et de bonbons gênent leur prestation. Aux arrêts, des matrones vendent des légumes, des fruits et des fromages. Notre voisine en profite pour remplir son sac à provision. Certaines n' hésitent pas à monter et proposent jusqu'à la prochaine gare une soupe de poule, du cochon de lait rôti ou du maïs bouilli. A tout moment, nous craignons de voir arriver sur nos genoux la soupe qu'essaye d'avaler notre voisin. Il est bien dommage de ne pas vous faire profiter de toutes les effluves et senteurs qui se baladent. Lors d'un arrêt un peu long, un coq lance un cocorico désapprobateur!! suivi d'un éclat de rire général. Ainsi va la vie, lente, sereine, décontractée.De Puente-Ruinas, gare du style film de Sergio Leone, un car nous amène au site du Machu Pichu. Dominé par le Huayna Pichu. Il s'accroche sur un piton rocheux 500 m au dessus de la vallée de l'Urubamba. La citadelle non découverte par les espagnols reste intacte. Elle nous apparaît dans le brouillard, ce qui lui donne une image encore plus mystérieuse et fantasmagorique. Peu à peu, le vent balaye la brume et laisse découvrir le site dans toute sa splendeur. Des murs construits avec d'énormes blocs de pierre, aux joints d'une précision parfaite, nous laissent ébahis. En voyant le tombeau royal, l'observatoire astronomique, le cadran solaire, les temples, les quartiers des agriculteurs, des notables et des industriels, la prison, les terrasses avec leur ingénieux systèmes d'irrigation, la bande dessinée d'Hergé "le Temple du Soleil" défile sous nos yeux...Le 6 juin 1993, à Juliaca (en bordure du lac Titicaca), nous avons effectué 6 300 kms, franchi 54 cols et cumulé une dénivellée de 70 000 m.Dernière minute!!Cuzco, principal centre touristique du Pérou, met à la disposition des touristes une myriade d'hôtels. A peine arrivés, nous sommes harangués sans cesse dans les rues pour nous proposer un hébergement. Mais, suivant les conseils du frère du patron de l'hôtel Antarki, rencontré au nord du Pérou, nous nous précipitons au dit "alojamiento". Et quelle surprise, il est fermé pour l'année. Qu'à cela ne tienne, nous sommes à votre service nous répond-on, voilà tout l'hôtel mis à notre disposition!!!Autre style d'hébergement, là où personne ne souhaite passer la nuit, nous décidons de dormir au sommet du col La Raya à plus de 4 300 m d'altitude. Bien sûr, il n'y a pas d'hôtel et encore moins de restaurant. Nous trouvons uniquement les bâtiments d'une gare. Son chef, nous propose un 3 mètres carrés non meublé où nous aménageons notre couchage. La bergère du coin, promue cuisinière, nous prépare une soupe locale. Amalgame de légumes : pommes de terre, carottes, oignons, sans oublier le chuno (pommes de terre gelées puis foulées pour en extraire l'eau et la peau et disposées au soleil pour séchage), additionné de riz, de pâtes et de viande de lama. Un premier bol de un demi-litre nous est servi avec la possibilité de remettre ça, car il n'y a pas de segundo (deuxième plat). Le lendemain matin, le même bol nous attend, mais cette fois-ci, il contient du riz, des frites et un oeuf!!

Et Pedro Maria de demander : quand est-ce qu'on remange!!!