Juin 1993

ALTIPLANO Y ALTA CUMBRE​​

Nous retrouvons avec plaisir le lac Titicaca. Déjà en 1990, lors de notre voyage en Bolivie, il nous avait impressionné par ses 175 kms de long et ses 8 000 km2. La presqu'île de Copacabana reste un excellent souvenir. Aussi, nous n'hésitons pas à découvrir la région de Puno et surtout quelques îles.. N'ayant pas envie de ramer cette année, nous prenons la précaution de prendre une barque à moteur qui nous dépose tout d'abord aux îles flottantes Uros.Aujourd'hui, ces amérindiens ont totalement disparu. Les Aymaras les remplacent et vivent essentiellement du tourisme. Cependant, ils nous laissent entrevoir la manière de vivre de leurs prédécesseurs. Peuple de pêcheurs, les Uros avaient construit leurs maisons en totoras (roseaux) au milieu de ceux-ci, à plusieurs kilomètres de la berge. Encore trois heures et nous débarquons à l'île d'Amantani, habitée par des quechuas. L'île s'ouvre peu à peu aux touristes mais continue de vivre à son rythme. Pas d'hôtel, pas d'électricité, pas de route, le modernisme et le matérialisme restent à Puno, distant de 50 kms. Il est possible de loger chez l'habitant et de participer ainsi à sa vie quotidienne. Les Quechuas occupent leur temps à pêcher et à cultiver les terrasses qui couvrent l'île. Leurs voisins de Taquile reçoivent depuis plusieurs années les touristes. Les habitants refusent l'implantation d'hôtel qui déclencherait certainement la mort de leur communauté.En plus de la pêche et de l'agriculture, l'artisanat leur amène une autre source de revenus. Fileurs et tricoteurs, hommes, femmes, enfants s'activent dès la fin de leur principale occupation. Leur tenue vestimentaire met en évidence quelques particularités : notamment le bonnet blanc ou rouge différencie l'homme célibataire de l'homme marié.Nous retrouvons nos vélos, deux jours plus tard, pour une escapade sur les pistes reliant Puno à Arequipa. Leur état est déplorable. Les pierres, le sable, la tôle ondulée, les dévers rendent la progression difficile. De plus, ici, c'est l'hiver, avec cependant quelques particularités : à plus de 4 000 m, aux nuits très froides (-10°) succèdent vers 9 heures la température printanière, et en milieu de journée la chaleur estivale!!. Vous imaginez peut être l'altiplano tout plat!! Mais en fait, les bosses et les cols se succèdent. Les passages à 4 000, 4 300 et 4 500 mètres sont très fréquents. Nous franchissons même en prime le Patapampa à 4 836 m, sous des bourrasques de neige!!Au sommet, nous croisons le seul véhicule du jour. Rares sont ceux qui s'aventurent sur cette piste, aussi quelle surprise pour le chauffeur de voir sortir de la tourmente deux bonhommes de neige à vélo!! En dehors de cette tempête, nous pouvons admirer de fabuleux paysages minéraux. Nous passons du désert de sable à la rocaille, aux couleurs ocre, marron, jaune, rougeâtre, mauve et grise. Nous roulons aussi dans la pampa où pousse une herbe dure et jaune appelée Ichu que broutent les lamas, les alpagas et les vigognes. De temps à autres, des viscachas (sorte de gros lapin) et des renards nous coupent la piste!! Ils rejoignent dare-dare leur douillet terrier. Les condors fendent l'air et surveillent de haut notre carcasse. Mais même à la "Cruz del Condor", point de vue sur le canyon de Colca, nous ne leur servirons pas de pitance!!Certes à trois reprises, nous pouvons apprécier le précipice où coule le Colca 1 200 m plus bas, mais nous sommes un peu déçu de ne pas pouvoir en profiter davantage.Ente Chivay et Cabanaconde, l'implantation des andennes (terrasses cultivées) vieilles de 1 500 ans nous impressionnent autant que ces fameuses gorges. Sur cette même piste, un drame se produisit le 12 mai 1991. Un séisme de force 6 sur l'échelle de Richter détruisit le village de Macca à 90%. Encore aujourd'hui, c'est un spectacle de désolation que de traverser des ruines. Quelques tôles de toits claquent au vent. Si quelques autochtones persévèrent à vivre parmi les décombres, la majorité a été relogée dans des tentes et des baraquements à quelques centaines de mètres.Quand à nous, nos hébergements sont très variés et parfois insolites. Bien sûr, nous transportons notre maison particulière. Nous plantons la tente au beau milieu d'un corral à bestiaux à plus de 4 200 m d'altitude!! Nous n'avons pas eu la visite des locataires, ce qui explique les bouses séchées!! Les salles de restaurants et leurs annexes restent l'hébergement le plus fréquent en dehors des alojamientos (petits hôtels). Invités à deux reprises par une association paroissiale, nous bénéficions d'un logement trois étoiles dans le presbytère. A Imata (4 300 m), au coeur de la pampa, nous trouvons refuge dans les locaux du ministère de l'agriculture, et, n'oublions pas la nuit passée dans un bâtiment de la gare à la Raya, déjà décrite dans la précédente gazette.Si pour nous, les deux mois passés au Pérou furent extraordinaires, il règne en revanche un climat malsain de suspicion entre péruviens. Après l'arrestation des principaux leaders du sentier lumineux, la chasse aux sorcières se poursuit. Des lettres ou des coups de téléphone anonymes dénoncent les assassinats, la corruption, les viols et les vols. Les péruviens sont plutôt discrets sur ces états de fait. Ils parlent plutôt de la pauvreté de leur pays, du chômage et de la vente bradée des richesses péruviennes aux japonnais et consorts (mines de fer et grosses socétés). Fatalistes, ils avouent être le pays d'Amérique du Sud le plus pauvre.En revanche, Arica, ville frontière du Chili, nous fait retrouver l'Europe avec sa circulation urbaine endiablée, les grands magasins modernes, les illuminations etc...Comme à notre habitude depuis le début du voyage, nous fuyons rapidement la côte pour la cordillère. En quatre jours, nous passons de l'altitude zéro à 4 700 m. Nous retrouvons les lacs, les volcans enneigés, l'altiplano et ses animaux. Au col de Tamboquemado, nous franchissons la frontière bolivienne pour une traversée des hauts plateaux et salars (déserts de sel) en direction d'Uyuni.Le 7 juillet 1993, sur les bords du salar de Coipasa, nous avons effectué 7 800 kms (7 400 kms à la frontière Pérou-Chili) et franchi 61 cols pour un cumul de dénivellée de 87 000 mètres.Anecdotes :

L'entrée au Chili est très stricte. Les bagages doivent être contrôlés par les représentants de la douane, du ministère de l'agriculture et de la santé, sans compter les nombreux tampons pour passer la dernière guérite policière!! En revanche, les douaniers boliviens s'avèrent moins exigeants et apposent seulement le tampon d'entrée sur le passeport. Ils n'imposent pas la visite de nos sacoches car nous circulons à vélo!!

Toujours dans un esprit de facilité!!, nous choisissons la piste la plus directe pour rejoindre Arequipa. Sur 40 kms environ, nous ne voyons qu'un camion et un 4X4. Cette piste passe entre les volcans du Misti et du Chachani avec des paysages superbes. La voie normale effectue un large détour pour éviter ces monstres culminant à 6 000 m. C'est en arrivant à Arequipa que nous apprenons la fermeture, pour tout véhicule, de la voie centrale Misti-Chachani. En effet, son état exécrable n'engage guère à la fréquenter!!!