Janvier. 1993

"TERRE TERRE!!!"

Et Daniel s'écrie "terre, terre!!!". Après 764 kms sur l'océan des Llanos, nous apercevons enfin notre terre promise, la cordillère des Andes. Mais avant de vous narrer nos premières impressions sur les montagnes vénézuéliennes, une description de la région des Llanos semble nécessaire.

Le mot Llanos veut dire terrain plat. A une altitude moyenne de 100 m, les dimensions de cet état sont énormes (1000X320 kms). Les paysages, ce sont à la fois un peu de Camargue, de Dombes avec une touche exotique composée de palmiers, bananiers, cocotiers, mais aussi de steppes, de savanes et de pâturage. Dans ce milieu évolue une faune hétéroclite. Les oiseaux de toutes espèces aux couleurs chatoyantes (échassiers, perroquets, poules d'eau, rapaces etc...) côtoient les zébus, les chevaux et les vaches amaigries, mais aussi, dans les lagunes, des "canards" locaux peu ordinaires. C'est à dire des alligators.

Malgré une forte chaleur, 37° à l'ombre et l'attrait des lacs émeraudes et bleus, nous préférons ne pas nous aventurer dans une baignade fréquentée par ce genre de "canards". La gueule ouverte, se prélassant au soleil, ils nous surveillent. Et dès que nous tentons une "approche lointaine", ils se réfugient dans leur élément et leur périscope (l’œil) continue la surveillance.

Avec cette interdiction de baignade, nous avons donc cherché et trouvé un autre moyen de rafraîchissement. Dès que nous voyons un panneau "jugo natural" au bout d'une ligne droite de 20 kms, c'est le sprint pour la dégustation d'un pur jus de fruits frais. Ananas, orange, melon, le chosa, goyave, mais aussi d'avoine et de canne à sucre ont tour à tour excité nos papilles gustatives et servi de carburant.

En quantité industrielle, ces jus n'alimentent toutefois pas les chevrolets, ford, jeep ou autres 4X4, car ici, le pétrole est aussi présent qu'en Arabie Saoudite et ne coûte que 5 Bolivars le litre soit 0,35 FF. Le jus de fruits étant à 80 Bolivars le litre, il vaudrait mieux boire du pétrole que du jus de fruits!!!

Pour nous, la vie est un peu chère, un repas revient à 500 Bolivars, une chambre d'hôtel entre 500 et 1000. Le salaire moyen d'un ouvrier quand à lui, plafonne autour de 10.000 Bolivars.

Sur les 20 millions d'habitants que compte ce pays, 10 sont des étrangers dont la moitié vient de Colombie. Plus d'un million de jeunes (14 à 18 ans) ne vont pas à l'école ou ne travaillent pas. Si nous avons ressenti une certaine insécurité à Caracas, il n'en est pas de même dans les campagnes ou dans la cordillère. Les vénézuéliens nous interpellent souvent et nous bavardons longuement avec eux. Cependant, ils n'ont pas le sens de l'hospitalité chilienne ou bolivienne!! Nous sommes admis, c'est tout!!

Au hasard de notre "vélochée", les rencontres sont nombreuses et parfois bizarres. Tel cet allemand devenu cireur de chaussures à San Fernando de Apure, ou, à El Saman, cet américain un peu paumé semble être la risée et le souffre douleur du village!!

La cordillère nous réserve d'autres surprises. La première est de taille puisqu'elle s'élève à plus de 4115 m d'altitude. Nous avons choisi par hasard, l'accès le plus "facile" pour franchir le col le plus haut du Venezuela qui se nomme le "Passo del Pico del Aguila". Ce fut donc une grimpette non stop de 100 kms effectuée en deux jours et demi. De la forêt tropicale aux mélèzes, seules subsistent à partir de 3600 m des plantes grasses appelées "frailejons".

La cordillère, même à haute altitude (3000m) a ses flancs cultivés : blé, maïs, choux, pommes de terre, oignons, carottes font partie du décor sous une irrigation intensive jusqu'à Mérida. Cette capitale régionale est enclavée au pied de la Sierra Nevada et de son plus haut sommet : le pic Bolivar à 5007 m.

Fin janvier, nous avons effectué 1000 kms dont 764 de plat, franchi 2 cols et cumulé une dénivelée de 5600 m.​