COLOMBIE : UN EDEN POUR CYCLOTOURISTE

 



Pour la plus part des européens, la Colombie est connue pour son café, ses coureurs cyclistes ses narcos-traficants et sa guérilla. Un guérillero derrière chaque arbre, un narco à chaque coin de rue, les vénézueliens nous avaient prédit une traversée de la Colombie des plus périlleuse!!!

Nous découvrons une toute autre Colombie, celle de la canne à sucre, des fruits et légumes tropicaux, des paysages variés sous un ciel azur, des sites coloniaux et surtout l'hospitalité de tout un peuple. En un jour, nous recevons autant de marques de sympathie des colombiens que nous en avions eu en trois semaines au Vénézuela!! Des coups de klaxon, au pouce levé, aux signes de tête approbateur, aux "buena suerte" et "que te vaya bien" en passant par l'interpellation dès que nous sommes arrêtés, les colombiens nous réservent un accueil hors pair. Dans l'ascension d'un col, en pleine zone de guérilla, un automobiliste klaxonne et s'arrête cents mètres plus loin. Que nous veut-il? Mais que tient-il dans la main? C'est juste un appareil à photos, et, clic clac, nous voilà dans sa boîte!! Un autre n'hésite pas à sortir sa caméra!! Toujours dans la même zone, à plus de 3100 mètres d'altitude, ce n'est pas le mur de Berlin que nous franchissons mais le Paramo de Berlin (col). Ici, les insulaires ne cultivent pas les balles de mitraillettes mais plutôt des pommes de terre, des oignons et surtout l'accueil des étrangers. Il n'y a pas d'hôtel au village, mais la famille de Liliana est là pour nous héberger. Après nous avoir offert une meringue et une galette de maïs, arrosées d'une agua de panela (eau sucrée bouillie de canne à sucre), nous passons la soirée à discuter. Le lendemain, nous échangeons nos adresses et Liliana nous promet de nous écrire durant le périple.

Depuis le Vénézuela, notre carburant n'a pas changé. C'est toujours le "jugo". La seule différence, c'est qu'ici, les autochtones nous l'offrent régulièrement!! Lorsqu'ils nous posent des questions sur l'itinéraire et le but du voyage, ils devancent notre réponse en disant "claro que si, hasta la tierra del fuego" (bien sûr, jusqu'en terre de feu). Pour eux c'est une évidence!! Le colombien aime le contact, le voyage et l'aventure. Malheureusement, faute de moyens financiers, une grande majorité ne pourra pas connaître ce bonheur. En discutant, en nous offrant à boire, ils partagent un instant de notre aventure.

Moniquira, village de 4000 habitants, situé à plus de 1600 m d'altitude, nous séduit immédiatement. A 9h00 du matin, après seulement 11 kms parcourus, Moniquira sera notre étape du jour. Ici, c'est la culture de la goyave pour la fabrication des "bocadillos". Il s'agit d'une friandise produite uniquement dans la région. Il était donc évident de connaître son procédé de fabrication.

Nous sommes accueillis par une entreprise familiale. On nous explique que c'est un produit naturel composé de pulpe de goyave, de lait et de sucre. Après avoir suivi les phases d'élaboration du "bocadillo", nous passons bien sûr à la dégustation. Un vrai délice!!

A quelques mètres de là, le marché local bat son plein sous un soleil de plomb. Les locaux sont venus en taxi, en car, à pied, à cheval, en carriole. Les fruits, les légumes, les vêtements, le café et autres articles sont exposés. Nous restons trois heures dans ce brouhaha mercantile. Pendant que Daniel rempli son panier de divers fruits, Pierre Marie, lui, rempli sa boîte à images. Les deux "gringos" que nous sommes ne passent pas inaperçus au milieu de cette foule bigarrée. Toutefois, notre intégration se fait naturellement et nous conversons avec les vendeurs de tous âges. Telle cette petite fille de 10 ans vendant des cocos qui harangue ses clients à la manière d'une vendeuse très confirmée. Son air hautain, ses yeux malicieux sous son chapeau de paille font merveilles autour d'elle. Assis non loin d'elle, il ne lui faut pas longtemps pour qu'elle nous interpelle.

- De donde viene? A donde va? De que pais son ustedes?

En une demi-heure, elle apprend autant de choses sur la France qu'en une année d'école!! Et pendant ce temps, les cocos sont restés invendus!!

Vers 15h00, de retour à notre hôtel, les propriétaires nous invitent à une balade à pied dans la campagne environnante. Cette invitation arrive à point et nous les accompagnons d'un pas alerte. Sur les coteaux, les coupeurs de canne à sucre sont au travail. Les mules attendent patiemment d'être chargée pour partir en convoi au moulin. Nos hôtes nous invitent à le voir. Les mules sont libérées de leur fardeau, les cannes sont pressées. De leur jus une fois cuit, on obtient une pâte qui est moulée en cube. Ce sucre de canne non raffiné appelé "panela" sert de carburant aux grimpeurs colombiens tel que Lucho Herrera dans le Tour de France cycliste.

Comme en France, le samedi et le dimanche, les routes sont sillonnées par les cyclosportifs locaux. Le nez dans le guidon, tirant de gros braquets, ils avalent les bosses comme nous avalons les "jugos". Au hasard d'une descente, nous croisons un cyclo Suisse-Allemand aussi chargé que nous, qui bourlingue déjà depuis 9 mois à travers les Amériques du Nord et du Sud. Sous les yeux et les oreilles ébahis des locaux, nous devons converser en espagnol pour nous comprendre!! Il est vrai que 3 gringos discutant dans la langue de Bolivar peut leur paraître bizarre. C'est, à ce jour, le seul baroudeur que nous ayons rencontré.

La pratique de la bécane, n'est pas le seul sport de la Colombie. Il y a aussi le ballon rond. Ecouter les commentaires et voir à la télé un match de football en compagnie de colombiens vaut son pesant de folklore. Thierry Rolland et Jean Michel Larqué auraient du souci à se faire si TF1 embauchait des reporters sud-américains. La moindre action à partir du franchissement de la ligne médiane devient automatiquement une action de but et fait monter l'adrénaline du commentateur.

Le goooooooooooooaaaaaaaaaaalllllllllllll......... tant désiré fait exploser le reporter, les supporters et les téléspectateurs. Durant nos 15 premiers jours en Colombie, nous avons eu l'occasion de voir à la télé plusieurs matchs de la coupe sud américaine des moins de 17 ans. Celle-ci a vu la victoire des colombiens et la qualification de ces derniers, des argentins et des chiliens pour le mondial qui se déroulera au Japon en Août prochain. Le lendemain, les journaux titraient en gros caractères " COLOMBIA CAMPEON"

Dans certaines villes, il n'y a pas que des terrains de foot. On y trouve aussi des arènes. La tradition espagnole est omniprésente. Elle l'est davantage dans des petits villages comme Villa de Leiva qui a su garder son cachet et son architecture coloniale. Les bâtisses entourant un patio fleuri nous font penser à l'Andalousie. Seule la ruana (poncho de laine de mouton) que portent les autochtones nous rappelle que nous sommes en Colombie. La colonisation espagnole a été si bien faite que nous avons cherché et que nous cherchons encore les descendants des indiens Muiscas et Chibchas. Prouvant l'existence de ces communautés au XVIe siècle, il ne reste que quelques pierres. Celles-ci érigées en alignement de colonnes, leur servaient d'observatoire astronomique.

La campagne colombienne nous a séduit par sa tranquillité et nous nous sommes mis tout naturellement au rythme lent de ses habitants!!!

A Zipaquira, le 3 mars, à 30 kms de Bogota, nous avons effectué 2200 kms, 21000 m de dénivellée et franchi 18 cols en 41 jours de vélo. Quand à nos montures, merci pour elles (et merci Mr Tabarly) elles se portent comme un charme, le seul et unique incident mécanique à déplorer à ce jour étant le bris d'un axe de pédale.

Février 1993