Avril 1993

CANTAMOS BAJO LA LLUVIA​

Après les chaleurs tropicales du Vénézuela et le climat sec inhabituel de la Colombie, nous subissons les effets du courant chaud appelé "el nino". C'est à dire de fortes pluies!! Le ciel tombe sur la tête des équatoriens depuis novembre 92. Les habitants n'avaient pas connu de telles intempéries depuis plus de 25 ans. Des trombes d'eau provoquent des dégâts considérables dans tout le pays : inondations sur la côte, coulées de boue à Quito et bien sûr le désastre de Cuenca. A 10 kilomètres de la capitale de la région d'Azuay, un pan de montagne s'est affaissé dans la vallée, créant un immense lac sur 20 kms de long et 40 m de profondeur. La voie ferrée, la panaméricaine, 400 maisons et une riche vallée se trouvent englouties. On dénombre également une centaine de victimes lors de l'éboulement. Un point d'interrogation subsiste quand au devenir de ce barrage et surtout sur les conséquences catastrophiques de sa rupture éventuelle. Suite à une faille géologique et une exploitation abusive d'une carrière de pierre, de nombreux géologues prédisaient l'effondrement inéluctable d'une partie de la "joséfina" (nom de la carrière). Une épée de Damoclés pointe ainsi sur l'unique barrage hydraulique fournissant l'électricité du pays et sur la ville de Paute à 30 kms en aval. A titre préventif, 4 000 personnes ont déjà été évacuées. Toute la population suit avec intérêt la suite de ces évènements.Pour joindre Cuenca, les autorités ont dévié la circulation par une piste de montagne. Le trajet Azogues - Cuenca s'effectue entre deux et quatres heures, selon les bouchons et les éboulements au lieu de 20 minutes par l'ex panam. Nous pataugeons donc dans la boue toute la matinée en compagnie des bus, camions et voitures. Inutile d'aller faire une remise en forme de thalasso, Daniel profite de la gratuité des lieux pour s'étaler dans un cloaque!!!Malgré ces conditions météo déplorables, quelques éclaircies permettent d'apercevoir quelques montagnes enneigées de la magnifiques avenue des volcans. Une quinzaine de sommets dominent les cordillères occidentale et orientale tout au long des 300 kms séparant Otavalo de Riobamba. Les altitudes s'échelonnent entre 4 000 et 6 400 m. A Riobamba, les autochtones racontent que dès la venue des étrangers, les Dieux des montagnes masquent le sommet du Chimborazo par un rideau nuageux en signe de timidité pour préserver son intimité. Voyageant depuis 3 mois en Amérique du Sud, les Dieux se montrent indulgents envers nous!!! Profitant d'une rare matinée ensoleillée, un minibus nous laisse au refuge à 4 800 m. Une petite marche dans la neige nous permet d'atteindre la côte 5 100 m au pied du glacier sommital qui nous surplombe encore de plus de 1 200 m. Le Dieu Inti (soleil) illumine de tous ses rayons les 6 300 m du Chimborazo.Le Cotopaxi domine de ses 6 000 m le marché hebdomadaire du village de Saquisili. C'est indéniablement un fait de société indispensable pour les communautés environnantes. Le plus souvent, les indiens viennent à pied, en car ou entassés dans les bennes des camions. Nous découvrons dans les marchés, les coutumes, les habits colorés et des visages typés; en somme la véritable vie des autochtones. La tenue vestimentaire différencie les diverses communautés indiennes. Les chapeaux, les mantas (châles), les ponchos, les pantalons, les chaussures sont autant de signes distinctifs. Si la majorité des indiens cultive la terre, d'autres comme les Salasacas ou les Otavalos réussissent à prospérer grâce à l'artisanat. Originaire de Bolivie, les Salasacas furent expatriés dans une région aride d'Equateur pour cause d'insoumission envers l'Inca. Ils perdurent leur tradition ancestrale de tisseur de laine. Quand aux Otavalos, ils présentent sur tous les marchés du pays leurs produits artisanaux (à base de laine naturelle ou artificielle). Facilement reconnaissables, les hommes portent un pantalon blanc, un poncho bleu marine, un chapeau melon sous lequel apparaissent de longs cheveux tressés. Les femmes, vêtues d'une longue jupe double et d'un chemisier blanc à dentelles, se parent de multiples colliers dorés au cou et aux poignets. Elles replient sur la tête une étoffe bleu marine. Aux pieds, ils se chaussent tous d'espadrilles. Un ensemble du plus bel effet qui affirme leur personnalité .Mais la pluspart des communautés indiennes vit pratiquement comme au temps des Incas. Les maisons en pisé, sans eau potable, sans sanitaires, sans électricité laissent entrevoir une vie misérable. Quelques associations et Padres essayent d'améliorer cet ordinaire peu commun. Le C.E.A.S (Centre d'Etudes et d'Actions Sociales) de Riobamba développe depuis plus de trente ans un plan d'adduction d'eau, de pose de latrines, de forestation et de formation pour adultes (agriculture, artisanat). Quand à certains curés comme le Padre Gabicho, qui parcourt sa paroisse en tous sens, il divulgue toutes sortes de conseils spirituels mais aussi et surtout techniques sur l'agriculture, l'habitat etc...Comme à notre habitude, nous choisissons toujours la facilité. Le franchissement de la frontière Equateur - Pérou se fait par la petite porte à travers la montagne. Tout d'abord près de 100 kms de chemin défoncé pour parvenir au poste frontière et qui continue côté péruvien sur 60 kms par le franchissement de plusieurs gués dont deux assez épiques!!! Heureusement pour nous, les pluies se sont arrêtées une semaine avant notre passage. Le temps de retrouver le goudron et nous roulons au coeur du désert de Sechura!!Aprés trois mois de montagnes verdoyantes, nous roulons à 20 m d'altitude sur près de 200 kms dans un paysage minéral égayé par quelques arbustes. Une forte irrigation favorise l'exploitation agricole à chaque extrémité du désert. Ici, c'est le début de l'hiver et pourtant les températures flirtent avec les 37° à l'ombre. Aussi, nous décidons une petite variante pour voir les plus hautes montagnes du Pérou. Nous quitterons la côte à Casma et nous passerons un col à 4000 m pour accéder à Huaraz qui se trouve entre les cordillères blanche et noire du nord du pays. Aprés cette mise au vert, nous redescendrons vers la côte du Pacifique et atteindrons Lima fin Mai.

Anecdotes au cours du voyage, "histoire d'en rire!!"- A Catacocha, Daniel interroge la patronne de l'hôtel sur le temps de trajet jusqu'à Macara (98 kms). Celle-ci répond " des allemands l'ont fait en 3 heures en moto, donc avec ça (montrant du doigt les vélos), vous devriez y mettre moins"!!! Résultat, il nous a fallu plus de 9 heures pour effectuer ces 98 kms de chemin poussiéreux et boueux!!!- Propos recueillis auprès d'un père d'une fille équatorienne demandée en mariage par un français. Ce dernier demandant la main de la fille, le père lui répond "que veux tu faire de la main? Je te la donne toute entière!!!".- Dans un bus équatorien, nous avons pu lire " capacitad : los que suben" c'est à dire : capacité : ceux qui montent!!!- En raison des fortes pluies, nous n'avons jamais pu planter la toile de tente. Nous avons oublié les flotteurs en France!!!- A la sortie de la déviation de Cuenca, les policiers nous arrêtent, non pas pour nous contrôler mais pour nous demander l'état de la piste reliant Azoques à Cuenca ainsi que la situation du trafic. Nous voici promus, éclaireurs du génie civil!!!- La panaméricaine, principal axe routier subit un tel trafic (en certains endroits) que les instituteurs n'hésitent pas à s'en servir comme terrain de jeux.- Entre Riobamba et Cuenca, région laitière, impossible de trouver du lait, aussi, avons nous décidé d'acheter une vache...Bilan :

Le 5 Mai à Trujillo, nous avons effectué 5 200 kms (frontière du Pérou 4 600 kms), franchi 51 cols et cumulé une dénivellée de 60 000 m.