Août 1993

LE N.O.A

Lors de notre voyage en 1990 en Amsud, nous avions fait la connaissance de la famille chilienne Perez. Elle habite au coeur du désert d'Atacama, dans un îlot de verdure de 15 kms de long à près de 40 kms de Calama. Depuis trois ans, nous nous écrivions régulièrement. De ce fait, ils acceptèrent bien volontier de servir de porte restante pour notre courrier envoyé de France par nos familles et amis. Le facteur n'hésita pas à surnommer Lorenza Perez, "Senora Transandina", vu l'importance des lettres. Nos amis attendaient donc avec impatience "los jovenes de Francia"!!C'est avec grand plaisir que nous restons quatre jours avec eux. Ici, il n'y a pas de confort matériel comme l'électricité, l'eau courante ou la télé. Ils mènent une vie saine et paisible loin du stress de la ville. Agriculteurs, la journée s'écoule au coeur de la nature. Les discussions autour de la lampe à pétrole occupent les soirées. Au cours de l'une d'entre elles, nous écoutons de la musique grésillante et nasillarde sortie d'un phonographe à manivelle des années cinquantes, conservé amoureusement depuis leur mariage. Lorenza nous fait goûter aussi à quelques spécialités. Le "cocho", farine de blé grillé, mélangée avec de l'eau et du lait se déguste au petit déjeuner. Quand aux "roscattas", sorte de beignets, ils se mangent à toute heure de la journée par gourmandise. Nous participons aussi à la préparation du pain et à sa cuisson dans le four à bois. Lozenza et Saturnino auraient bien voulu nous garder un mois, mais l'aventure nous rappelle.Nous repartons vers les hauts sommets andins pour voir les fameux geysers d' El Tatio situés à plus de 4 200 m d'altitude. Son site ne nous emballe guère. Au lieu de geysers, nous constatons de vulgaires "pipi de chat"" avec beaucoup de vapeur!!. Heureusement, les paysages alentours nous comblent.San Pedro de Atacama a perdu son cachet de tranquillité d'antan. Les tours opérators fleurissent à qui mieux mieux et proposent aux nombreux touristes des excursions"d'aventures" au salar d'atacama, à la vallée de la lune ou aux geysers. Les atacaméniens (amérindiens locaux) ne voient pas d'un bon oeil cette invasion touristique qui ne leur apporte que des méfaits. Nous avons plus de poubelles, de bruit et parfois plus d'étrangers que de villageois, nous disent-ils. Les autochtones s'expatrient vers la ville de Calama, cédant la place à des commerçants venant de la capitale. Les traditions se perdent. Délaissés par les autorités, ils ne sont pas reconnus en tant que communauté amérindienne, comme les Mapuches du sud ou les Quechuas du nord. Les atacaméniens qui travaillent sur le salar d'Atacama (mine de lithium) rejettent leur ascendance; L'appât du gain et l'attrait de la ville vont-ils les faire disparaître à jamais? N'y aura-t-il que le musée et sa "Miss Chile" pour représenter cette civilisation antique?Depuis notre arrivée à San Pedro, le ciel se couvre de lourds nuages grisonnants. Les hauts sommets alentours revêtent leur manteau blancs hivernal. De plus, il pleut sur le désert le plus aride du monde. C'eût été un comble de s'embourber en un tel lieu!!! Avec beaucoup de réticences, la police internationale chilienne nous donne le feu vert de sortie après maints palabres et l'avis de son chef. Pensez donc, avec trois ou quatre centimètres de neige, l'officier de service se sentait responsable de notre sécurité et de notre santé!!! Nous passons à 4 500 m d'altitude, sous le soleil, et, seulement avec quelques plaques de neige sur la piste. Le passo Sico franchi, nous entrons en Argentine. Nous restons un mois dans le nord ouest argentin au lieu des dis jours prévus!! Le N.O.A est très difficile d'accès en raison des successions des cordillères culminant à plus de 5 000 mètres, de quebradas et de pampas. Comme au Chili, au Pérou ou en Bolivie, les montagnes locales exposent leurs richesses minérales. Les mines abandonnées, en raison de la chute des cours, nous traversons des villages fantômes. Les ruisseaux et torrents arrosent les quebradas où nous retrouvons quelques cultures. Dans les parties les plus arides, les cactus candélabres peuplent les flancs de montagnes. Sur les hauts plateaux, les pampas sablonneuses, balayées par les vents, nous rappellent l'altiplano bolivien.En hiver, les cols peuvent être infranchissables pour cause de chute de neige. En été, la saison des pluies, les pistes sont transformées en bourbier.Nous profitons au mieux des paysages de western mais aussi et surtout d'un accueil chaleureux des habitants. Les villages et hameaux vivotent au grès du temps dans l'immensité des cordillères andines. Ils vivent surtout de l'élevage. Les enfants apprennent à lire et à écrire dans des écoles disséminées dans la montagne. Pas ou peu d'habitations, nous cherchons évidemment notre hébergement dans des "escuelas locales". Nous sommes reçu comme des rois par les instituteurs et des enfants qui trouvent en nous le moyen de s'évader. Nous buvons et mangeons avec eux et participons un peu à leur vie quotidienne; Nous assistons à la levée et à la descente du drapeau argentin, obligatoire en ces lieux. Et bien sûr, il faut parler de notre voyage, de la France et jouer à la loba (sorte de rami simplifié) avec les instits lorsque les enfants rêvent à d'autres cieux.Le 9 septembre à Cachi (150 kms au nord de Cafayate), nous avons effectué 10 700 kms, franchi 128 cols pour une dénivelée de 121 000 mètres.Anecdotes :En hiver, en raison du froid et de la neige, les douaniers chiliens émigrent de leur frontière naturelle à plus de 4 200 m, vers la plaine de San Pedro de Atacama à 2 500 m. Alors que nous demandons notre tampon de sortie, l'officier de service nous dit: "le jour du passage de la frontière, venez vous faire tamponner le passeport ici". Problème insoluble pour nous, vous en conviendrez, San Pedro de Atacama se trouvant à plus de 200 kms de la dite frontière naturelle!!!Record battu, pas l'altitude, ni de distance, mais de durée entre deux douches... 28 jours!!!

Recettes : une idée de plat unique : le LOCRO; soupe ragoût composée de maïs, blé, fèves, haricots, pommes de terre, carottes et viande. Nous vous conseillons quand même de manger cette soupe plutôt en hiver et après un gros effort physique. Pour faire passer ça, vous pouvez toujours boire une "ulpada" un mélange d'eau froide avec de la farine de maïs grillé. Bon appétit!!!!